Tortures, supplices et autres ... du Moyen âge à nos jours
15 nov. 2018
La torture, les supplices, les exécutions, les sévices, les châtiments, tous ces termes correspondant à des notions de cruauté et de douleur existent depuis la nuit des temps et malheureusement continuent à exister.
Dans tous les continents, toutes les civilisations et à toutes les époques de l'histoire on les a utilisés soit en période de guerre, de conflit ou pour la recherche judiciaire.
C'est la visite du musée de la Torture à San Gimigniano en Toscane qui a été le facteur déclenchant de cet article et j'ai eu envie de vous faire partager ce que j'y ai appris....
Je me propose donc de faire le tour de la question ( mauvais jeu de mot ! ) et de partager avec vous leur utilisation et les moyens employés en Europe.
D'abord quelques définitions pour poser le sujet.
La torture : Souffrances physiques infligées à quelqu'un, notamment pour lui faire avouer ce qu'il refuse de révéler. ex: parler sous la torture. Synonyme : la question (source Larousse)
les supplices : peines corporelles graves, très douloureuses, mortelles ou non, infligées par la justice à un condamné (source Larousse)
les sévices : mauvais traitements, outrages, brutalités exercés sur une personne qu'on a sous son autorité ou en son pouvoir. exemple : exercer des sévices sur des prisonniers (source Larousse)
les châtiments : peines sévères morales ou physiques qui frappent un coupable, punissent une faute (source Larousse)
On peut constater une hiérarchie dans ces termes, en effet on soumet d'abord à la question, la torture, pour faire avouer et ensuite on applique les supplices et les châtiments en fonction de la gravité des fautes reconnues. Les sévices sont un peu à part car ils ne relèvent pas du judiciaire mais dépendent de la décision d'une personne ou d'un groupe de personnes ayant autorité.
Attention la lecture de cet article ne s'adresse pas aux âmes sensibles ! Mais pour les autres, accrochez-vous car il vous réserve des surprises qui font froid dans le dos !

La torture et les supplices sont souvent associés au Moyen-âge, il faut reconnaître qu'ils ont été très inventifs à cette époque comme on va le voir plus loin, mais comme je vous le disais les tortures ont toujours existé. Je vous en propose un rapide aperçu dans l'antiquité.
En Mésopotamie
En -1750, le Code d'Hammourabi met en avant la loi du Talion. Le châtiment est proportionnel au délit. Si on est accusé de vol, l'amende encourue est proportionnelle au préjudice causé, si on frappe quelqu'un on sera frappé en retour et si on commet un meurtre, on doit mourir
Chez les grecs antiques
Chez les Grecs, on pratique essentiellement les supplices et les châtiments. La justice tranche après écoute des deux parties, accusateurs et accusés, et les juges définissent le supplice ou le châtiment à appliquer en fonction de la gravité de l'acte.
On considère que le supplice dissuade d'autres contrevenants de mépriser les lois et de commettre leur forfait, le châtiment, lui, est destiné à humilier le coupable.
Par exemple Platon nous dit dans "les Lois" rédigées en -348, Livre IX, que la peine doit "corriger" le délinquant et le remettre dans le droit chemin. Si le délinquant est incurable, alors il faut l'éliminer.
- Par exemple les crimes contre la religion tels les sacrilèges, ceux contre l'état comme la trahison ou encore les vols sont punis d'exil jusqu'à ce que le contrevenant retrouve la raison, c'est la mort sociale.
- Les crimes de sang prémédités, les fratricides, les parricides, les meurtres des conjoints sont condamnés à mort.
- Le meurtre d'un enfant est condamné à 3 ans d'exil
- Un voleur qui pille un temple est condamné aussi à mort car il cumule deux délits et est donc "irrécupérable" tout comme le récidiviste.
- Le meurtrier d'un voleur ou par auto-défense, par contre, est acquitté
- Un esclave qui tue un maître est condamné à mort et la famille du défunt choisit la manière dont il doit mourir par exemple par lapidation.
- Un maître qui tue son esclave doit seulement se purifier
Chez Aristophane dans "les Nuées" en -500, l'humiliation est très bien décrite entre autre pour les couples adultères. Il se moque d'un amant humilié par où il a péché, c'est à dire qu'on lui enfonce une rave dans le fondement et on lui épile le derrière à la cendre chaude !
Socrate, quant à lui, a été accusé de ne pas reconnaître les dieux de l'état, d'introduire de nouvelles divinités et de corrompre la jeunesse. Trois chefs d'accusation qui correspondent à un irrécupérable et qui méritent la peine de mort. D'abord emprisonné et enchaîné, il succombera à l'absorption d'une préparation de ciguë et d'opium.
chez les Égyptiens
Chez les Égyptiens, la justice est un don divin.
Dans le cas de délits peu graves les magistrats locaux prononcent des peines légères comme la réquisition de biens, la réquisition pour le travail. En fonction de la gravité de la faute on décide de la privation du nom, des droits funéraires, du bannissement et on y ajoute des châtiments corporels tels que la bastonnade ou encore la mutilation du nez ou des oreilles.
Si le délit est grave et touche à la sécurité de l'état ou encore au pillage de tombes, c'est le pharaon qui décide de la peine.
On fait d'abord le recueil des aveux par la torture après la bastonnade en pratiquant la torsion des poignets et des chevilles. Une fois les aveux recueillis (ils ne tardent pas à venir !) on passe à la sanction qui est la mort par empalement, crémation, décapitation ou encore suicide forcé, prononcée uniquement par le pharaon.
Chez les Romains
Pour les Romains comme pour les Grecs, le supplice doit punir et éviter les récidives ou éviter que d'autres n'entreprennent les mêmes méfaits, mais il y a eu une évolution en 3 temps au cours des temps.
D'abord dans la Rome primitive, la réponse à un délit se traduit par la vengeance du lésé, le dédommagement en têtes de bétail et enfin la condamnation à mort qui est un acte religieux. C'est le droit sacré.
En -450, 2éme période, le droit sacré devient droit laïc grâce à la promulgation de la loi des Douze Tables. Les juges répugnent de plus en plus à utiliser la peine de mort sauf en ce qui concerne les actes de sortilèges, pratiques magiques.
Par exemple dans la Table VIII :
- Si on fait un acte contre le droit d'un autre, par exemple faire paître son bétail sur un terrain qui ne vous appartient pas, la sentence est une amende de 25 As. (L'As est une monnaie romaine dont le nom vient du latin Aes qui signifie bronze)
- les dommages causés à un tiers ne sont plus payés en têtes de bétail mais en équivalence en As soit 10 As pour une brebis et 100 As pour un boeuf. Il y a eu des amandes exemplaires comme celle de 10 000 As du consul Romilius ou celle de 15 000 As de son collègue Veturius (Tite-Live histoire romaine livre III)
- Si par exemple on arrache le bras à un autre et qu'aucun arrangement financier amiable n'est trouvé alors c'est la loi du Talion qui s'applique.
- les pyromanes sont enchaînés, battus de verges et jetés au feu mais si le feu est du à une négligence, la réparation est financière et si l'auteur n'est pas solvable on lui inflige un léger châtiment.
- Pour les vols, on punit les enfants impubères par le fouet, les adultes à coup de verges ou de flagrum en fonction de sa classe sociale, et dont le nombre de coups est décidé par le lésé, si c'est un esclave il est jeté du haut de la Roche Tarpéïenne.
Le flagrum est un fléau à manche court constitué de lanières de cuir munies de billes de plomb, d'épines de plomb, d'os de mouton taillés en pointes et terminées par des tessons en plomb. Les lanières sont de longueurs différentes pour qu'elles ne s'entrechoquent pas de façon à ne pas en atténuer l'effet.
- si on jette le discrédit sur quelqu'un par chant ou incantations magiques, la peine encourue est la mort de même si on tue un proche ou si on livre un citoyen à l'ennemi.
- le parricide est condamné au culéus, fouetté puis enfermé dans un sac, il est jeté à la rivière.
En résumé, les peines dans la Loi des Douze Tables sont au nombre de 8 : l'amende, les fers, les coups, le Talion, l’infamie, la mort et l'esclavage.
Cicéron nous dit en -52 dans son traité "les Lois" livre III "On fait obéir les citoyens par les amendes ou les coups de fouet" mais aussi "Que le magistrat contraigne le citoyen désobéissant et dangereux par l'amende, la prison et le fouet'
On peut aussi noter la punition des femmes adultères qui sont fouettées puis une fois les chairs entaillées, on y fait couler du plomb fondu, il en va de même pour les nourrices qui ne peuvent éviter le rapt d'un enfant.
En fait la peine de mort est de moins en moins utilisée car elle est progressivement remplacée par l'exil volontaire, la mort sociale, avec confiscation des biens, sans espoir de retour.
Pourtant on torture chez les Romains. On torture les esclaves qui ne représentent rien d'autre que de la marchandise car on cherche la vérité, le témoignage, avant de juger. Le maître est accusé d'un délit mineur sans témoin, dégradation ou adultère, qu'à cela ne tienne on torturera son esclave qui finira bien par donner une preuve !
Cependant, 3ème période, l'augmentation des crimes pendant les Bacchanales, les guerres civiles en - 4 av JC et l'arrivée du christianisme remettent la peine capitale au goût du jour et les raisons de son application se multiplient.
La mort est alors donnée par bastonnade, flagellation, crucifixion ou encore dans les arènes face aux fauves.
Voilà, j'ai fini le petit rappel des civilisations anciennes méditerranéennes qui ont plus ou moins façonné, surtout la civilisation romaine en tant que base judiciaire, notre utilisation des tortures et châtiments au Moyen-âge.
il y eut d'abord les jugements de Dieu, duels, immersions lestées, traversées de feu, ébouillantements, si l'individu en ressortait indemne c'est que Dieu le protégeait et donc il était innocent. Cependant ces jugements de Dieu laissaient une grande part au hasard et c'est Saint Louis au XIIIème siècle qui en interdit l'usage et lance les premiers codes de justice judiciaire en réclamant des preuves pour les condamnations.
Donc passons à notre histoire et commençons par les tortures employées pour obtenir des aveux.
Au Moyen-âge l'imagination des hommes a été fertile dans le moyen de faire avouer les fautes, mais ces aveux étaient-ils véridiques ou bien faits sous l'effet de la douleur et dans le but que celle-ci s'arrête ? Je pense personnellement qu'ils étaient souvent faux.
Je vous propose donc un éventail des techniques de torture destinées à faire avouer.
La Torture et ses instruments au Moyen âge
La torture, on l'a vu, sert à obtenir des aveux de la part d'un accusé ou à dénoncer d'éventuels complices. Le Moyen âge a été très inventif dans ce domaine et les instruments utilisés obtiennent toujours des résultats, vrais ou faux, grâce à la douleur occasionnée.
Les preuves de culpabilité étant difficiles à trouver, la preuve par excellence est l'aveu.
On pense que la torture est le procédé le plus efficace pour obtenir l'aveu et que la souffrance fait dire la vérité. L'individu coupable qui résiste à la torture et qui la supporte sans avouer quoique ce soit est déclaré innocent alors que beaucoup d'innocents avouent sous la douleur n'importe quoi et surtout des fautes qu'ils n'ont pas commises.
Bien souvent, on commence par déshabiller le condamné, on l'attache et on lui présente tous les instruments de torture qu'on a l'intention d'utiliser. Le laissant quelques instants seul face à sa propre peur, les juges obtiennent souvent des aveux avant même de commencer la question.
Si ce procédé ne donne pas de résultat, on a recours à la torture judiciaire ou "question" qui est de 2 types : la question ordinaire et la question extraordinaire. Les moyens utilisés dépendent de la région où elle s'exerce.
Dans les faits, seuls 10% des condamnés subissent la question et pour les délits les plus sérieux.
La question ordinaire est couramment employée, le plus souvent c'est "la Cure par eau" ou les "brodequins", "l'allongement" pour Paris. Dans le midi on préfère "l'écraseur de doigts", "le chevalet", "la veille" ou encore "le fauteuil immergé".
- la Cure par eau consiste à attacher solidement le suspect sur un cadre ou un tréteau et à lui faire avaler 4 pots appelés coquemars remplis d'eau soit 2,5 litres pleins à ras bord. La tête est maintenue droite, une corne percée ou un entonnoir est introduit dans la bouche et un des officiants pince le nez du questionné, le lâchant de temps en temps pour lui permettre de respirer et de faire des aveux. C'est la sensation d'étouffement, presque de noyade, qui amène l'homme à avouer
- les brodequins consistent à placer le suspect assis et les mains liées, on place deux planches de part et d'autre de ses jambes et on les lie avec de bonnes cordes. Ensuite on lie ensemble les 2 jambes bien serrées avec des cordes semblables. Les planches partent du genoux jusqu'aux chevilles. Puis l'opérant enfonce des coins de bois à l'aide d'un maillet entre les planches situées à l'intérieur des jambes de l'individu par en haut et par en bas. Les coins sont au nombre de 4 et les os des jambes se retrouvent écrasés occasionnant des douleurs terribles.

- L''allongement consiste à allonger le suspect sur un cadre de bois, une table d'étirement, les 4 membres maintenus et reliés à des systèmes de roues. Les officiants font tourner les roues et étirent ainsi les membres de l'individu provocant des déchirures et luxations très douloureuses.

Je vous propose une variante anglaise de la table d'étirement qui écartèle les membres inférieurs en écrasant quelque peu les épaules et la tête....
Dans le midi de la France on ne pratique pas tout à fait la question avec les mêmes instruments.
- l'écraseur de doigts est un instrument constitué d'une vis à oreilles, d'un étau et de barres d'écrasement parfois garnies de pointes. Son but est d'écraser les doigts des mains, les pouces ou les orteils. Un système identique et plus gros servait à écraser les pieds ou les genoux.
- le chevalet est une structure en bois de forme triangulaire, le questionné doit s'asseoir dessus à califourchon sur le dos coupant, avec des poids attachés aux chevilles. Ce chevalet entraîne de fortes douleurs au périnée voire des déchirures aux scrotum, aux fesses et au rectum et provoque une souffrance insoutenable.
- la Veille ou "berceau de Judas" est une structure pyramidale au dessus de laquelle le questionné est hissé puis le questionneur l'abaisse de façon à ce que le poids du corps vienne peser sur la pointe qui est placée en regard de l'anus, du vagin, sous les testicules ou à la base de la colonne vertébrale. Pour plus d'efficacité l'officiant peut balancer ou faire tomber plus ou moins vite l'individu sur cette pointe à plusieurs reprises.
- le fauteuil immergé est constitué d'un siège sur lequel on attache solidement l'interrogé et on le plonge soit dans un lac, une rivière ou même un puits. Le questionné est remonté juste avant la noyade pour lui permettre d'avouer.
Ce genre de question ordinaire, on le voit, nécessite un lieu adapté et un greffier plus des officiants et s'adresse à des délits sérieux.
Dans les bourgades plus petites et pour des délits mineurs on utilise des moyens un peu plus simples pour obtenir des aveux par la douleur comme par exemple l'utilisation de pinces, de verges ou de tisons chauffés à blanc ou encore l'écorchement.
- l'écorchement : consiste à arracher à l'aide de tenailles des lambeaux de chair et ainsi obtenir des aveux. On s'attaque aux zones sensibles comme les mamelons, les cuisses...
Cependant on le verra plus loin l'écorchement fait aussi partie des supplices car on pouvait ensuite asperger ou remplir les plaies obtenues avec des substances chauffées à blanc.

La question extraordinaire s'adresse à des criminels, des incendiaires, et surtout à des crimes capitaux.
On améliore alors la question ordinaire par exemple en donnant non pas 4 mais 8 coquemars au suspect lors de la Cure par eau ou bien en attachant des poids beaucoup plus lourds lorsque le questionné est sur le chevalet ou encore en enfonçant non pas 4 mais 8 coins dans les brodequins !
Mais l'imagination des questionneurs est sans borne et on a des techniques propres à la question extraordinaire comme l'estrapade ou les mèches..
- les mèches sont des mèches soufrées que l'on place entre les doigts des mains et des pieds et que l'on allume, les mèches brûlent et la chair aussi !
- l'estrapade consiste à attacher les mains du suspect dans le dos puis les accrocher à une corde et enfin tirer celle-ci de façon à soulever l'individu du sol en prenant soin d'attacher des poids de 275g à chaque pied entraînant ainsi la dislocation des membres par luxation des épaules, déformations du thorax et du dos irréversibles
Il existe un code, une réglementation de la question, en effet celle-ci ne doit pas excéder 2 heures. Entre chaque séance le questionné est nourri correctement, on lui donne à boire ( même après la Cure par eau ! ) et on le laisse se reposer avant de reprendre une nouvelle séance.
L'utilisation de la question amène immanquablement des aveux, ceux-ci sont notés scrupuleusement par un greffier en présence d'un juge, ce que l'on peut voir sur les gravures que j'ai mises en illustration. La présence de témoins est souhaitée mais pas toujours appliquée, ceci dépend si la question est ordinaire ou extraordinaire et de la taille du tribunal où on exerce.
Le questionné, à priori, ne doit pas succomber à la question et donc la présence d'un médecin est nécessaire pour évaluer l'état de l'individu et arrêter le processus si nécessaire.
De plus pour confirmer les aveux, le questionné doit réitérer ses aveux en dehors de toutes tortures mais en présence du "tourmenteur" qui attend de reprendre son oeuvre. Toute rétractation entraîne aussitôt la reprise de la question ...
Mais si la question est judiciaire et donc laïque elle est aussi inquisitoriale et donc religieuse.
L'inquisition et la torture
Au XIIIème siècle le Moyen âge est profondément chrétien et ainsi toute atteinte à l'ordre religieux va faire l'objet de procédures extraordinaires. On cherche à "remettre dans le droit chemin" les hérétiques, les homosexuels dits "sodomites", les possédés et tous ceux relevant de la sorcellerie.
Pour obtenir les repentances on a recours à la torture jusqu'à ce que l'accusé crie "Abjuro" (j'abjure). On cherche aussi des aveux de sorcellerie par tous les moyens.
Les juges ne se cantonnent pas à des témoignages mais les dénonciations aussi sont prises en considération.
Les femmes ont été le plus souvent dénoncées pour sorcellerie ou pour pratiques magiques et les nobles n'échappent pas à la question contrairement au judiciaire.
Sont dispensés de la torture les enfants de moins de 14 ans, les vieillards et les femmes enceintes. Les premiers mois de grossesse étant difficiles à voir, beaucoup de femmes se prétendent enceintes espérant ainsi échapper à la question, mais un examen médical par un médecin ou une sage-femme lève rapidement le doute.
Une dénonciation de sorcellerie entraîne obligatoirement une recherche de stigmate. Les femmes sont attachées sur une table et on recherche sur elles des tâches de naissance qui représentent la marque du diable. On cherche aussi des zones insensibles, signes d'alliance diabolique, de pratiques magiques, alors on pique très profondément certaines parties du corps pour voir si la femme ressent la douleur, on privilégie les seins bien sûr. Si la femme est rousse son compte est bon, c'est le feu du diable qui lui a brûlé les cheveux. Si on ne trouve pas de signes évidents extérieurs, on va voir à l'intérieur par exemple en faisant une visite buccale, rectale, vaginale avec toute la douceur qu'on imagine.
Bon, petit aparté... pour moi, pas besoin d'examens internes... j'ai l'ongle d'un pouce qui pousse fourchu depuis ma naissance, le sabot de Satan ! ... bonne pour le bûcher, quoi ! Une chance que je ne vive pas au Moyen âge !
Mais revenons à notre sujet, les instruments utilisés pour la question font preuve aussi d'une grande ingéniosité dans la cruauté.
Je vous présente le Cachet de l'inquisition, sceau représentant la signification glorieuse de sa mission. On peut y lire la maxime : "Exurge Domine et Judicam Causam Tuam " qui signifie "lève toi, Ô dieu, et plaide ta cause"
Le rameau d'olivier est symbole de la miséricorde et l'épée est le symbole du glaive de la justice en lien avec la scélératesse de l'accusé et la pénitence méritée.
Les trois tortures préconisées sont : l'eau, la poutre et le feu que l'on a vu plus haut et quelques innovations que je vais vous présenter. Le but est le même que pour la question judiciaire c'est à dire maintenir l'accusé en vie jusqu'à la sentence et de même les aveux doivent être répétés hors de la torture pour être recevables.
- Le cilice "pieux" ou "auto-mortifiant" est un collier que l'on met autour du cou du questionné et sous ses vêtements, il est constitué de mailles de fer et de 220 pointes en fer tournées vers l'intérieur. Il existe aussi des "bas" et des "bretelles" du même type que l'on place sur les mollets ou sur le torse du questionné. Les douleurs sont occasionnées à chaque contact soit volontaire soit lorsqu'on se couche.
De nos jours des instruments similaires sont encore utilisés par des religieux "auto-mortifiants"
- la fourche de l'hérétique est formée de 4 pointes très acérées profondément enfoncées sous le menton et sur le sternum empêchant tout mouvement de la tête, toute alimentation et tout repos. Le questionné ne peut que murmurer quelques mots tels qu'"abjuro" qui signifie j'abjure et qui est gravé sur le côté de la fourche.
Nous sommes au XIIIème siècle et l'inquisition se propage jusqu'en Espagne où elle va se développer de façon exponentielle.
Les techniques inquisitoriales vont perdurer, et, à l'époque des grandes découvertes, le nouveau monde étant plein d'hérétiques, il faut évidemment les convertir. Nous avons peu de traces iconographiques de ces tortures mais je vous en propose 3 illustrations.
- le crucifix "simulé" est une croix qui cache un poignard qui sert à l'élimination "pacifique" des infidèles hérétiques. On sauve une âme et en même temps on se débarrasse d'un ennemi.
- Durant la conquête du Mexique on préfère l'éradication des infidèles par bastonnade ou utilisation des pinces si l'évangélisation est un échec.
L'inquisition a été officiellement arrêtée au début du XVIIème siècle.
Revenons en France, si la question a été appliquée et les aveux obtenus, les juges vont donc statuer sur les peines encourues. Le coupable ( il a avoué! ) va être confronté à ses juges et connaître la sentence.
La sentence sera de 3 sortes : les châtiments pour les peines légères ne nécessitant pas la question, les supplices pour les condamnations plus graves après question ordinaire et enfin les peines de mort après question extraordinaire.
Les châtiments
- l'amende qui existe toujours et qui doit dédommager le demandeur si le délit a été causé sans intention de nuire volontairement. Par exemple si un cheval emballé blesse un passant ou si un quidam en insulte un autre, le contrevenant doit le dédommager et payer une amende qui se monnaye en livres. Le prince ou châtelain sous le tribunal duquel est prononcé le châtiment reçoit de la part du condamné le triple de l'amende attribuée à la victime .
- la prison est requise si on ne peut payer l'amende ou pour éloigner un individu de la société, comme à l'heure actuelle, mais pour qu'il ait le temps de réfléchir à ses actes et de s'amender on le met aux fers. Les fers sont plus ou moins cruels en fonction du délit ce peut être de simples fers aux chevilles comme sur l'illustration suivante
mais les fers peuvent être aussi source de douleur comme "la cigogne à estropier". Ces fers sont en apparence anodins mais ils provoquent chez le condamné, après quelques minutes, de fortes crampes d'abord dans les muscles abdominaux et rectaux puis dans les muscles pectoraux, cervicaux et les membres. Un exemplaire se trouve à Londres similaire à celui ci-dessous.
Ces fers pouvaient aussi servir à maintenir le condamné à l’ébouillantement
- les travaux forcés font aussi partie des châtiments, ce sont nos travaux d'intérêt général. On fait refaire les routes, creuser des canaux, construire des bâtiments ... Pour cela on invente une contention, c'est "l'aiglon de l'évêque". Ces fers ont une jambe de libre et permettent au prisonnier de marcher et de sortir de prison pour travailler sans risque de fuite. Ces fers sont plus spécialement réservés aux voleurs de tronc d'église par exemple. Le modèle présenté est un modèle toscan du XVIIème siècle.
Au-delà de ces peines d'argent ou de prison, on atteint un niveau supérieur avec les peines dites "d’infamie" qui en plus d'amende associe le déshonneur et la honte.
- l'échelle consiste à hisser et exposer le coupable attaché à une échelle aux passants pour l'humilier. A Paris on retrouve dans les écrits la trace de l'échelle de la place du Temple.
- le pilori est un poteau sur lequel on fixe un carcan fermé par des serrures. Le carcan enserre le cou et les mains mais peut aussi enserrer les chevilles. Le châtiment est annoncé par des sonneurs de trompes. Le coupable est placé dans son carcan toute la journée, on le place en prison le soir et on recommence plusieurs jours de suite. C'est l’infamie car le peuple vient voir le spectacle, le condamné est la risée du peuple et le peuple a même le droit de lui jeter de la boue et autres ordures mais pas de pierre car il ne faut pas le blesser ( source : Grand coutumier de France chap.X du Vilain Serment p 177)
- Le pilori-tonneau est destiné aux ivrognes, il y a 2 types de piloris-tonneaux. Le premier est fermé au fond, le condamné est assis dedans et ne peut en sortir, ce pilori-tonneau est rempli d'urine et d'excréments ou d'eau putride. Le 2ème type de pilori-tonneau est ouvert au fond et le condamné doit marcher dans les rues de la ville en supportant le poids de ce lourd tonneau.
- les colliers pour paresseux et les réfractaires font partie de ces châtiments infamants. On place ce collier autour du cou du "paresseux", du joueur, du braconnier, des marchands malhonnêtes. On personnalise le collier en fonction du délit : pour les ivrognes les objets attachés au collier sont des bouteilles en bois ou en pierre, pour les marchands malhonnêtes de lourdes fausses pièces de fer et pour le braconnier des carcasses de gibier qui vont pourrir sur lui. Le collier pour "réfractaire" s'adresse à ceux qui refusent de suivre la messe du dimanche. Le collier est bloqué sur le condamné et se porte jour et nuit. Le modèle présenté est destiné à un joueur
- le "fifre du fauteur de troubles" a une forme d'instrument à vent : flûte, hautbois ou trompette. Il s'adresse comme le nom l'indique au fauteur de troubles coupable de vacarme, querelles, injures, obscénités, troubles de l'ordre publique.Son origine est hollandaise. L'anneau de fer est serré derrière le cou, les doigts sont insérés sous les plaques de l'étau dans une attitude de musicien et l'étau est plus ou moins serré en fonction du bon vouloir de l'officiant voire jusqu'à l'écrasement des doigts. Le condamné doit se promener avec son "fifre" et est bien sûr la risée de la population.
- "le violon des commères" est comme le nom nous l'indique destiné aux commères, mégères, querelleuses et faiseuses d'histoires. Cet instrument est du même type que "le fifre du fauteur de troubles". Il se porte autour du cou et emprisonne les poignets de la condamnée qui, elle aussi, est soumise aux quolibets de la foule. Il est surtout utilisé en Allemagne et en Suisse. Après plusieurs jours le cou et les poignets sont endoloris voire entaillés et deviennent rapidement douloureux.
- les masques d'infamie sont portés sur la tête, ils emprisonnent le nez, la bouche et restreignent la vue de celle ou de celui qui le porte. Les attributs de ces masques sont disproportionnés en fonction du délit par exemple une langue extrêmement longue pour quelqu'un qui a colporté de fausses rumeurs ou des médisances, des oreilles démesurées pour un idiot ou un individu indiscret et trop curieux. Les condamnés doivent se montrer sur les marchés et aux endroits d'affluence et en supporter la honte.
- l'asinade fait aussi partie des châtiments honteux, elle s'adresse aux maris complaisants laissant sa femme aller avec d'autres hommes contre des pièces sonnantes et trébuchantes ou à des mères maquerelles. L'asinade consiste à promener dans les rues, plus ou moins vêtus, des condamnés juchés à l'envers sur un âne ou une mule avec une pancarte autour du cou décrivant leur état. Là encore les coupables doivent affronter rires, quolibets et jets d'ordures sur leur passage.
Tous ces châtiments, on le voit, n'entraînent pas la mort mais humilient, discréditent le coupable pour le reste de sa vie. Souvent celui qui a subi cette honte préfère quitter son lieu d'habitation et c'est un exil pas tout à fait volontaire.
J'ai passé en revue la plupart des châtiments qui nous font parfois rire mais maintenant passons aux choses plus sérieuses : les supplices.

les supplices
Les supplices consistent à punir le coupable en lui infligeant des douleurs terribles pour le faire expier avant de lui donner la mort. Au Moyen âge les supplices sont publics et appréciés par le peuple tout en ayant un rôle dissuasif..
- le fouet est utilisé pour "commencer" le supplice ou pour "pimenter" un autre supplice comme la roue par exemple.
- les "Morailles" ou bâillon en fer sert à faire taire les cris des suppliciés. Une boîte en fer de formes diverses comme une boule ou une cloche, est introduite dans la bouche et le collier serré autour du cou. Un trou laisse passer l'air mais peut être obstrué par un doigt du bourreau pour provoquer l'étouffement. Ce bâillon pouvait être mis aux condamnés au bûcher.
- les mutilations sont riches en variétés. On peut utiliser le fer rouge, les amputations et les perforations.
- les marques au fer rouge désignent à tous le forfait du coupable. Elles sont faites sur la joue, le front ou sur les lèvres en fonction du crime de même leurs formes y sont adaptées. On marque les mendiants d'un "M", les voleurs d'un "v" et les faussaires d'une fleur de lys. Les marques sur les lèvres sont réservées aux blasphémateurs. En plus de la douleur occasionnée cette marque est indélébile et met le coupable à l'index, elle précède le bannissement hors du royaume de France.
.Je vous livre une citation qui nous parle du supplice d'un blasphémateur :
" que l'on luy fende la lèvre de dessus avecques ung fer chault si que les dens luy appèrent" ce qui signifie qu'on lui fende la lèvre supérieure avec un fer chaud jusqu'à ce que les dents apparaissent. ( Grand Coutumier de France-livre II, ordonnances des Rois de France- Jacques d'Albreiges- XVème siècle )
- les amputations et percements de la langue sont des supplices réservés aux menteurs, aux faux témoignages, dénonciations calomnieuses, accusations mensongères, aux paroles négatives pour la justice ou la noblesse dites lors d'épisodes d'ivresse ou de colère. La langue est soit excisée avec un couteau soit arrachée à l'aide d'une pince et si la peine est le percement il se fait au fer rouge.
- l'amputation des oreilles s'adresse plus particulièrement aux escrocs, aux faux aveugles, aux faux invalides qui veulent soutirer en mendiant quelques piécettes à la populace grâce à leurs tromperies mais aussi aux coupeurs de bourses et autres voleurs. On dit qu'ils sont "enssorillés". On découpe l'oreille au couteau soit le lobe supérieur, soit le lobe inférieur soit l'oreille entière soit les 2 si le supplicié est un récidiviste. Un témoin du supplice de Béchevelin nous parle d'une place toute sanguinolente sur le pont du Rhône causée par le sang de l'oreille amputée ( Archives Départementales du Rhône - 1334 )
- l'amputation des membres fait aussi partie des supplices. Elle est réservée aux vols aggravés, agressions et viols. On coupe le ou les poings pour des voleurs, quelques fois un pied. Le violeur, lui, sera castré. Ce n'est pas sans rappeler la loi du Talion...
- l'aveuglement consiste à percer les yeux du condamné. Ce supplice était connu et pratiqué en Orient, il arrive au XIVème siècle en France. Cette pratique est le plus souvent utilisée pour les étrangers ayant commis un grave méfait, pour les agresseurs ayant eux-même blessé aux yeux leur victime ou aux adeptes de sorcellerie et ce avant de les brûler. Pour ce percement des yeux on utilise soit un pieu soit le fer rouge.
- la poire d'angoisse est un objet qui servait aussi aux voleurs pour détrousser les bourgeois en leur maison. Ils inséraient la poire dans leur bouche pour les empêcher de crier ou d'appeler à l'aide ( inventaire générale de l'histoire des larrons ). Cet instrument a été utilisé par les bourreaux pour pratiquer des supplices entre autre lors des supplices pour hérétiques. On l'introduit dans différents orifices : la bouche pour le blasphémateur ou le prédicateur hérétique, l'anus pour l'homosexuel et le vagin pour les femmes soupçonnées de relations sexuelles avec le diable avant de les brûler. Un système de pas de vis permet l'élargissement maximum des 4 parties métalliques causant des douleurs et des lésions affreuses allant jusqu'à l'éclatement.
- la vierge en fer est réservée aux hérétiques. Cet instrument à la forme de sarcophage anthropomorphe est constitué de 2 portes et est garni d'aiguillons à l'intérieur. Les aiguillons peuvent être déplacés en fonction de l'endroit que l'on veut léser. Lorsqu'on referme les portes sur le supplicié les aiguillons transpercent peu à peu la peau. Ce supplice est lent et douloureux.
Je vous propose une autre variante du percement par aiguillon, ici le supplicié est placé entre 2 planches garnies de pointes.
Les supplices, on l'a vu peuvent précéder la peine de mort. Je vais citer ici le cas de Ravaillac. Il a assassiné Henri IV en le poignardant, il est saisi, questionné pour voir si il a agit seul ou si des complices l'ont aidé. Après la question qui met en évidence un acte solitaire perpétré par un fanatique catholique, il est traîné comme infâme, supplicié et enfin condamné à mort par le Parlement de Paris après 10 jours de procès par Achille 1er de Harlay. En voici le récit :
'l'inhumain régicide par lui commis en la personne du Roy Henri quatrième du 27 Mai 1610 précisant que le condamné une fois soumis à la question (le brodequin essentiellement) à quatre reprises puis pénitence faite, doit être conduit en Place de Grève où il est destiné à être tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite qui tenait le couteau avec lequel il a commis ledit régicide sera brûlée de feu, de soufre et sur les endroits tenaillés il sera jeté du plomb fondu, de l'huile bouillante, de la poix, de la résine brûlante, de la cire et soufre fondus ensemble. Ensuite son corps sera tiré et écartelé par quatre chevaux. Les membrres de son corps seront consommés par le feu, réduits en cendres et jetés au vent" Source : Ordonnance d'exécution du 27 Mai 1610 - Paris.SAM série AB, registre n°19 - 24 Octobre 1608- 2 Novembre 1610- Archives nationales

Les peines de mort
Au Moyen âge, les peines de mort sont réservées la plupart du temps aux individus ayant portés atteinte à la bonne marche du royaume, aux sorciers et sorcières, aux meurtriers et aux régicides.
Les techniques d'application de la peine capitale différent en fonction du chef d'accusation.
Le condamné après avoir subi la torture et les supplices est amené sur le lieu de l'exécution tiré à travers la ville derrière un cheval, une charrette ou sur une claie.
De toute façon la mort est extrêmement lente et douloureuse.
- la pendaison s'adresse aux larrons récidivistes, aux meurtriers, on l'a vu, ce sont des "gibiers de potence" . Nus, le bourreau les fait monter à l'échelle, leur passe la tête dans "la fenêtre de chanvre" et les laisse tomber doucement de façon à ce que la strangulation soit lente. Les pendaisons sont publiques et le peuple apprécie le spectacle des corps qui gigotent un long moment dans le vide, c'est la "danse des pendus" dont le ridicule et l'ignominie en font l'attrait.
Les cadavres des pendus restent, en général, exposés jusqu'à pourrissement exceptés les corps des femmes pour une hypothétique raison de pudeur et ceux des nobles s'ils n'ont pas commis de crimes politiques. Dans des chroniques du XVème siècle on peut lire "estoit gentizhomme, il est despendus et pourtés à Saint-Loys" ( Philippe de Vigneulles -1495 - BNF )
Les cadavres qui ont pourri sur le gibet n'ont pas le droit à une sépulture chrétienne.
- la cage est comme son nom l'indique une cage en métal dans laquelle on enferme le condamné. Cette cage est suspendue à une potence ou à un arbre où le condamné est laissé, abandonné à son triste sort. Les oiseaux, la faim et la soif ont raison de lui et il meurt à petit feu. Sa fin est d'autant plus horrible que certaine cage ne lui permette ni de s'asseoir ni de tenir debout et encore moins de se coucher.
Un autre petit aparté ...Philippe de Commynes au XVème siècle a été condamné par Louis XI à 8 mois de cage et le Cardinal Jean de la Balue à 3 ans dans cette même cage au château de Loches. Bien évidemment ces personnages sont nobles et de haute naissance c'est pour cela que la cage a quelques avantages : plus grande avec ses 1,80m de haut, ses 2m de long et ses 1,50m de large. De plus cette cage de fer, appelée fillette, est pourvu d'un lieu "d'aisance". D'autre part ces grands personnages n'ont pas trouvé la mort dans cette cage, bénéficiant de la clémence de Louis XI.
On voit bien la réalité de ces cages et leur utilisation. Pour la peine de mort on a une forme restreinte, contraignante, minimaliste. A loches le but est de punir un noble alors que la cage de San Gimignano a pour finalité la mort d'un "gueux".
- l'emmurement est une autre forme d'enfermement définitive et fatale. Le condamné est ferré au cou, aux mains, aux genoux et aux pieds, il est installé debout à l'intérieur d'une niche que l'on ferme à l'aide de pierres ou de briques. Parfois on laisse une petite ouverture pour lui permettre de respirer et pour le nourrir succinctement, histoire de prolonger son agonie .... Ce supplice était réservé aux infanticides, il existe encore un mur de ce type dans le château de Ort bei Gmunden en Haute Autriche.
- la décapitation s'adresse en priorité aux nobles. On l'appelle la décollation et elle concerne les actes de trahison, les opposants politiques et les chefs conspirateurs. Cette décollation doit être un exemple et le peuple y est convié au son des trompettes, elle représente la force du Roi, sa victoire sur ses ennemis dans le royaume..
Le coupable est amené en charrette, le plus souvent nu sous une chemise de pénitent, les mains liées. Il est monté sur l'estrade où se tient le billot et le bourreau. Le condamné fait sa contrition en présence d'un prêtre et de ses juges. On lui coupe les cheveux, il pose sa tête sur le billot. La foule attend.
Le bourreau saisit alors sa lourde épée à 2 mains et l'abat sur le cou du coupable. Cependant les bourreaux ne sont pas tous habiles et les condamnés pas tous résignés, leurs mouvements peuvent gêner la décollation. L'épée peut ne pas trancher la tête du premier coup comme dans ce récit : "fraippait le bouriaulx VI ou VII copt dessus avant qu'il luy peult trancher le col, car il estoit si très gros et gras qu'il ne pouvoit entrer dedans le bloicquez.." ( "bloicquez" = billot) - ( Chroniques de Philippe de Vigneulles- XVème siècle -BNF )
Le bourreau utilise aussi une hache qui, somme toute, est aussi efficace dans le "tranchement du col" si elle n'est pas émoussée ! La tradition rapporte que les nobles condamnés à la décapitation à la hache donnaient une pièce d'or au bourreau pour que celui-ci remplisse bien son office avec une hache bien aiguisée ....
Les fouilles archéologiques faites près des fosses communes aux condamnés révèlent et donc confirment les "ratés" de décollation en mettant en évidence des crânes avec 5 traces de blessures à fer tranchant sur la base du crâne et les cervicales .
je vous présente les instruments de décollation : l'épée, la hache et le billot.
Mais la condamnation ne s'arrête pas là, en effet la décollation peut être assortie d'une peine d’infamie et donc on va utiliser le corps du supplicié pour cette peine.
Par exemple Collinet de Puiseux en 1411 est condamné à la décapitation pour traîtrise, il a livré le pont de Saint-Cloud aux Armagnac. Après sa décollation, son corps est démembré, chaque membre est exposé aux principales portes de Paris, le tronc, lui, est empaqueté et pendu au gibet. ( Journal d'un Bourgeois de Paris - anonyme XVème siècle- coll. du Vatican )
Si, par exemple, le condamné est arrêté dans une autre ville que celle où il a commis sa trahison, la sentence de décollation est exécutée par le parlement où il a été saisi mais après décollation, sa tête est exposée dans la ville où le crime a été commis. C'est le cas d'un des complices de Charles de Gontaut-Biron qui complota et trahissant Henri IV, fut condamné à la décollation à Toulouse où il avait été saisi. La tête de ce complice fut alors exposée à Rennes .
- l'écrasement de tête consiste à placer le condamné entravé dans une cage extrêmement réduite où il ne peut tenir qu'accroupi. La presse est installée au dessus du condamné, la tête sous la plaque de la presse. Le bourreau tourne alors le pas de vis de la presse qui écrase le crâne du coupable lentement dans d'atroces souffrances.
- L'empalement s'adresse plus particulièrement aux crimes sexuels comme la pédophilie par exemple ayant entraîné la mort d'un enfant. Le condamné est allongé, on lui introduit un pieu dans l'anus sur 60cm environ, puis on redresse le pieu et on le plante dans la terre. Le coupable s'empale tout seul, tout doucement, avec le poids de son corps et les convulsions qui l'agitent
Mais l'empalement peut aussi être pratiqué sur des mères ayant tué leurs enfants ou des hérétiques.
Dans ce cas des mères infanticides le Pal est planté dans le cœur de la mère vivante et dans celui des enfants morts formant une horrible brochette, jusqu'à ce que la mort arrive. Pour les hérétiques, le pal est planté dans le cœur des coupables au niveau du sternum. Ce n'est pas sans rappeler l'origine du pieu chez les vampires, n'est-ce pas ?
- la scie est une autre peine de mort assez horrible destinée aux sorciers et aux hérétiques. On attache le coupable par les chevilles, tête en bas et le bourreau commence, avec un aide, à scier lentement les chairs à l'entre-jambe, puis les os du bassin et cela jusqu'à la mort par hémorragie du condamné. Le fait de suspendre le condamné tête en bas est intentionnel, en effet, le sang montant à la tête, l'individu met longtemps à perdre connaissance et ainsi ressent mieux la douleur !
- la manivelle intestinale est une représentation fréquente au Moyen-âge mais elle ne fut vraisemblablement jamais pratiquée sur des vivants à cette époque, où du moins je n'en ai jamais retrouvé la trace dans mes visites et recherches. Cette mise à mort fait référence au supplice de Saint Erasme au IVème siècle, persécuté par les Romains. Il fut emprisonné, torturé et mis à mort de façon atroce. Au XIVème siècle, on rajouta ce passage où on pratique une incision dans son abdomen, on attache un morceau de son intestin grêle à un cabestan de marine et on tourne la manivelle jusqu'à extériorisation de la totalité de son intestin entraînant sa mort. Depuis, Saint Erasme est le patron des marins et au Moyen âge on le priait pour protéger les enfants de la colique. Cette légende rajoutée au supplice de ce martyr a beaucoup été représentée dans les églises.
Cependant cette pratique ne s'est à priori jamais faite sur un condamné vivant, comme je l'ai écrit plus haut, par contre il est vrai que le corps des condamnés à mort servait souvent aux études anatomiques et que cette pratique a pu être effectuée sur des corps morts avec 2 buts combinés, un but scientifique et un but d'infamie faite au corps
- l'écartèlement est très prisé au Moyen âge et s'adresse plus particulièrement aux crimes d'espionnage et de haute trahison. Cette mise à mort consiste à attacher les quatre membres du coupable à 4 chevaux et lorsque les cavaliers les stimulent, les chevaux partent chacun dans une direction différente, d'abord au pas, le corps du condamné se tend puis les articulations se déboîtent occasionnant des douleurs terribles et enfin les chevaux accélèrent leur allure et les membres du coupable se disloquent et se détachent du corps.
Ce supplice a perduré jusqu'au XVIIème siècle.
- la roue est le supplice le plus répandu au Moyen âge, son utilisation débutée au XIVème siècle ne se développe vraiment qu'au XVème siècle. Ce supplice a été utilisé pour les voleurs de grands chemins et les meurtriers. Le condamné est installé sur une roue horizontale qui est fixée sur un axe un peu surélevé pour favoriser le spectacle. Le condamné est attaché en croix et le bourreau utilise une barre de fer pour le frapper. Il commence par les bras, les coudes puis les genoux, les tibias et les cuisses dont les os explosent sous les coups arrachant des cris horribles au supplicié. Le bourreau frappe ensuite l'abdomen provoquant ainsi des hémorragies internes puis finit par la cage thoracique entraînant ainsi la suffocation et la mort. Un jeune coupable de meurtre est "prinz et trainnez et mis sur la rue, et aincy miserablement finait ces jour" ( Philippe de Vigneulles - Chroniques )
Au XVIème siècle, François 1er ( dans un édit de 1594 ) ordonne que les corps des suppliciés finissent leur agonie exposés à la foule, sur leur roue, le temps que le seigneur du lieu le souhaite.
- l'ébouillantage consiste à faire chauffer un grand chaudron rempli d'eau ou d'huile sur la place publique et à y plonger le condamné. Si le bourreau installe le coupable dans le chaudron et qu'il met le feu ensuite la mort est plus lente
Cette condamnation à mort est réservée aux faux-monnayeurs : "il faut notez que celui qui falsifie la monnaie est brûlé' ( XIIIème siècle- Henri de Suse )
Près de nous, à Tours, on trouve aux archives l'histoire de Loys Secrétain ancien orfèvre et maître monnayeur qui a fait de la fausse monnaie et, découvert, a été plongé dans un chaudron plein d'eau bouillante mélangée à de l'huile. Celui-ci maintenu par le bourreau à l'aide d'une fourche dans son bouillon, en est ressorti plusieurs fois et a survécu à ses blessures. Il a été reconnu "miraculé" et gracié.
- Le bûcher est réservé aux hérétiques et à tous ceux qui s'adonnent à la sorcellerie. On a vu que la sorcellerie concerne plus particulièrement les femmes. Les suspects sont soumis à la question pour avouer puis condamnés au bûcher. Il y a eu de multiples exécutions par le feu à partir de la fin du XIVème siècle.
La femme la plus connue qui a été condamnée au bûcher pour sorcellerie est bien sûr Jeanne d'Arc mais elle est loin d'être la seule !
On dresse une estrade de façon à ce que le peuple puisse apprécier le spectacle, sur cette estrade on plante un piquet de fort diamètre auquel on fixe un collier en fer pour le cou du supplicié "on ouvrit par une charnière ledit collier et lui fut mis au haterel ( cou ) et puis reclos et tiré par mont" ( Chroniques de Jehan - Froissart )
Le supplicié, nu sous une robe de bure, est ensuite lié au poteau à l'aide d'une chaîne, comme il est écrit "autour de l'attache afin qu'il tint plus roide" ( chroniques - Jehan de Froissart )
Des fagots sont disposés sur l'échafaud et le bourreau y met le feu en présence des juges et d'un prêtre. Le condamné ne tarde pas à être "estaint" c'est à dire asphyxié par les fumées et meurt sans être brûlé complètement. Les fagots sont alors retirés et le corps reste exposé à la foule.
Devant la ferveur suscitée par Jeanne d'Arc le bourreau qui en enlevant les fagots découvre au peuple la robe brûlée de Jeanne laissant voir "tous les secrets qui peuvent ou doivent être en femme" ( journal d'un Bourgeois de Paris ) mais il reçoit l'ordre de remettre le feu pour qu'il ne reste rien de son corps. "le feu grand sur sa pauvre charogne qui tantôt fut toute comburée, et os et chair mise en cendre" ( journal d'un Bourgeois de Paris )
Parfois si le supplicié hurle de trop, le bourreau peut pratiquer un étranglement ou perforer le cœur pour abréger les souffrances.
Voilà, j'ai fait le tour des supplices au Moyen âge, tout en sachant que certains ont duré jusqu'au XVIIIème siècle.
Mais pour être complet il faut aussi s'intéresser à l'exécuteur des hautes œuvres, j'ai nommé le bourreau
le bourreau
La charge de bourreau a beaucoup évolué et le bourreau "professionnel" est apparu au XIIIème siècle, il devient un officier judiciaire et est en charge de l'exécution des peines corporelles et capitales.
Il doit savoir exécuter toutes les tortures et les supplices énumérés ci-dessus, il doit entretenir et manier correctement tous les instruments à sa disposition, il doit connaître les codes et les règlements des actes judiciaires enfin il doit être expérimenté et habile.
Il faut savoir que si l'exécution est ratée, le peuple se retourne contre le bourreau et le châtie en lui jetant des pierres, en le battant parfois en le tuant comme pour l'ébouillantage raté de Loys Secrétain à Tours dont j'ai déjà parlé.
Le bourreau remplit son office contre un salaire qui dépend de la torture ou du supplice à effectuer. Il arrondit ses fins de mois en nettoyant les rues, vidangeant les eaux usées, les fosses d'aisance. Il procure aussi des cadavres, les dépouilles des suppliciés, aux médecins pour des autopsies, pour des études anatomiques contre de l'argent.
Il bénéficie aussi du droit de havage. Cette pratique lui autorise de prendre sur les marchés une poignée de chaque denrée ce qui lui permet d'avoir des céréales, des œufs, des fruits, des légumes ... gratuitement, tout ce que la main peut contenir, et lui permet ainsi de nourrir sa famille.
Voici quelques exemples du salaire de Geoffroy Thérage, bourreau à Rouen de 1407 à 1432 et bourreau de Jeanne d'Arc le 30 Mai 1431. ( source : quittances de Geoffroy Thérage - BNF )
- 10 sols pour avoir traîné
- 10 sols pour couper un poing
- 15 sols pour la mise au pilori de Pierre Hellot ( 6 Août 1407 )
- 20 sols pour un traînage sur claie et la pendaison de Clémence Collin ( 10 Août 1411 )
- 20 sols pour la décapitation de Gardin Hermenoult ( 25 février 1420 )
- 4 livres tournois pour avoir traîné, coupé un poing, écartelé, décapité, pendu le corps et les 4 membres de Pierre Le Bigourdais et mis sa tête au bout d'une lance ( 28 Mai 1428 )
- 60 sols pour la pendaison de Oncler ( 27 janvier 1429 )
- 6 livres Tournois pour 4 décapitations de brigands ( 14 Juillet 1430 )
- 45 sols pour 4 pendaisons ( 26 Mars 1431 )
La besogne du bourreau consiste à donner la mort et au Moyen âge la mort fait peur et donc le bourreau fait peur. Pour le reconnaître il a un costume aux couleurs vives, le plus souvent rouge, noir, bleu ou jaune, et souvent avec de fines rayures, qui sont, à cette époque, signes d'infamie, il a parfois aussi dans le dos un gibet brodé. Tous ces signes sont destinés à le désigner au reste de la société.
Regardez bien les costumes de ces bourreaux, couleurs, rayures, tout y est ..
Le statut du bourreau est un statut entaché d'opprobre et celle-ci rejaillit sur sa famille.
Le bourreau et sa famille habite en dehors de la ville, les enfants ne sont pas admis à l'école ni en apprentissage car approcher un bourreau ou sa famille apporte la mort, croit-on. Les enfants sans autres possibilités prennent donc tout naturellement la suite de leur père donnant ainsi des générations de bourreaux.
Et quand est-il du pain du bourreau ? Le bourreau a donc un droit de havage et le pain en fait partie, il a droit a un pain par jour. Le boulanger retourne son pain pour qu'il ne soit pas vendu car le bourreau peut être occupé par une exécution et venir chercher son pain assez tard. Le boulanger voyant ce pain retourné ne le vendra pas et de là est venu le fait que prendre le pain du bourreau attire la mort, donc porte malheur, il n'y a qu'un pas ....
De nos jours cette superstition perdure un pain retourné porte malheur ....
Après le Moyen âge
Certains supplices ont été pratiqués jusqu'au début du XVIIIème siècle avec une préférence pour la pendaison, l'écartellement et la roue comme par exemple Cartouche, grand chef brigand, exécuté le 28 Novembre 1721, Place de grève à Paris.
La Révolution française
Bien évidemment tout le monde connait la Révolution et l'utilisation exponentielle de la fameuse guillotine soit 2831 têtes tombées de 1793 à 1795 !
La guillotine n'a pas été inventée par le docteur Guillotin mais il a amélioré un appareil existant depuis le XVIème siècle mais peu utilisé
Voyons son utilisation. Le bourreau coupe les cheveux et le col du condamné. Celui-ci est amené sur une charrette sous les injures de la foule, on retrouve ici la peine d'infamie médiévale. Ensuite on le place mains liées dans le dos debout le long d'une planche la "bascule" qui tourne en avant d'1/4 de tour. Le supplicié se retrouve allongé, le cou posé dans une planche découpée en forme de 1/2 cercle. L'autre 1/2 cercle de la planche retombe immédiatement sur le cou l'enserrant et l'immobilisant. Le condamné a la tête qui regarde le sol et donc le panier qui l'attend ... Le bourreau actionne le mécanisme et la lame de 50kg tombe alors en chute libre, tranchant la tête net.
Le peuple est attiré par ses exécutions plus pour crier son mépris face au supplicié et se délecter de ses derniers instants plus que pour l'exécution elle-même trop rapide à leur goût "le peuple n'était point satisfait, il n'avait rien vu ! La chose était trop rapide." ( Chronique de Paris - le Gazetier Révolutionnaire - BNF )
Le premier décapité en 1792 fut un voleur de grand chemin Nicolas Jacques Pelletier puis les 2831 autres vont suivre dont Louis XVI le 21 Janvier 1793.
Elle a été utilisée en France jusqu'en Septembre 1977 . Le dernier décapité fut Hamida Djandoubi condamné pour le viol d'une mineure de 15 ans et la torture puis l'assassinat d'une jeune femme Elisabeth Bousquet ...
Au XIXème siècle
Bien sûr au XIXème siècle on retrouve la guillotine pour la peine capitale mais aussi la pendaison et le passage par les armes pour les militaires.
Si on n'emploie plus la panoplie des instruments de torture pour faire avouer le coupable on ne se prive pas de quelques coups de poing ou de pieds bien appliqués
En ce qui concerne les condamnations, les prisons se remplissent et les galères disparaissent au profit des bagnes où la situation n'est guère plus enviable.
Les bagnes sont d'abord portuaires comme à Toulon ou à Brest. Les condamnés y sont acheminés à pied, enchaînés, sous les quolibets de la foule. Ils sont ensuite affectés à la réhabilitation, la remise en état et l'entretien des navires.
La peine au bagne est d'une durée proportionnelle à la gravité du méfait, comme par exemple 12 ans de travaux forcés pour vol. Les condamnés les plus durs traînent en plus un boulet attaché à leurs fers.
Les bagnards sont employés aux travaux de force, ce sont les forçats, leur ration est pauvre en viande et insuffisante, l'état sanitaire déplorable et la maladie omniprésente. On sera même obligé de créer un hôpital pour forçats à Toulon.
Les sévices et punitions sont en fonction des fautes plus ou moins avérées et au bon vouloir des gardes chiourmes. La plus souvent rapportée est la bastonnade à coup de corde.
Les forçats sont 10 000 en 1810, le plus célèbre du bagne de Toulon est bien sûr Vidocq.
Le coût d'entretien de ces structures, l'avènement des navires à vapeur et le désir d'éloigner les coupables hors de France vont entraîner la fermeture des bagnes portuaires et l'ouverture de bagnes situés dans les colonies.
En 1851 on ouvre un bagne en Guyane à Cayenne et en 1863 c'est celui de Nouméa en Nouvelle Calédonie qui prend effet.
On pense alors que les forçats vont développer, valoriser la colonie grâce à leur travail et en même temps payer leur dette à la société. Cependant ils ne peuvent revenir en France à la fin de leur condamnation, c'est la double peine, même s'ils ne sont plus bagnards ils doivent rester sur place le temps équivalent à leur condamnation. De plus à la fin de cette double peine le retour en France étant payant, beaucoup mourront sur place faute de moyens pour payer leur passage.
Les conditions sanitaires là aussi sont catastrophiques et nombre de forçats vont mourir des suites de blessures, d'épuisement, d'infections et même de la lèpre. Pour éviter les propagations, les surveillants vont jeter les corps à la mer : c'est le mouillage.
La vie est plus dure en Guyane qu'en Nouvelle Calédonie et selon la catégorie dont relèvent les forçats en fonction de leur crime : prisonniers de droit commun, récidivistes ou condamnés politiques.
L'autorité est représentée par un commandant assisté de surveillants militaires nommés par le ministre des Colonies. Les condamnés sont sous la responsabilité de " contremaîtres" qui sont nommés parmi les prisonniers et que l'on appelle les "porte-clés". Tout manquement à la discipline entraîne automatiquement une mise au cachot avec fers. Les "porte-clés" sont aussi responsables de sévices qu'ils infligent aux bagnards pour des raisons plus ou moins justifiées voire même pour se distraire, coups de bâton, passages à tabac et mutilations sont les plus fréquents.
Beaucoup de courriers sont échangés avec la France pour dénoncer les sévices des bagnes mais n'apporteront en retour que des peines de cachot supplémentaires à leurs auteurs. En voici un exemple :
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Iles du Salut le 8 Février 1906 J’oserai me permettre de vous adresser la requête suivante, à seule fin de vous prévenir des abus de toutes sortes et de la partialité que Messieurs les administrateurs et subordonnés commettent tous les jours à l’égard des malheureux condamnés. Je suis avec respect le transporté François 33511
Le gouverneur de la Guyane en fait suivre la copie au ministre des Colonies, enprécisant : « Ces documents montrent que les réclamations de l’intéressé sont mal fondées, comme ses allégations mensongères. En conséquence, le condamné susnommé sera traduit, suivant vos ordres, devant la commission disciplinaire. »
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Source : https://journals.openedition.org/criminocorpus/183
Les bagnes coloniaux accueilleront 100 000 bagnards au total. Le dernier forçat trouvera la mort en 1933 à Nouméa entraînant la fermeture du bagne et bien que les bagnes français aient été supprimés en 1945, c'est en 1953 que les derniers condamnés et leur surveillants quitteront Cayenne.
Le XXème siècle et la seconde guerre mondiale : Gestapo et déportation
Aborder cette période correspond à un grand saut dans le temps. Bien sûr la torture, les supplices, châtiments et sévices sont omniprésents durant ce laps de temps et partout dans le monde. La liste n'est pas exhaustive mais j'ai pris le parti de n'aborder que ce qui ce passe en Europe et ce qui me touche le plus.
La seconde guerre mondiale c'est avant tout la montée du Nazisme et l'occupation, pour nous, de la France.
Occupation rime malheureusement avec collaborations, dénonciations et arrestations mais aussi avec résistance qui finit souvent aussi par trahison, détention et torture.
La Gestapo, police secrète d'état allemande, est chargée de lutter contre les opposants au régime Nazi.
Les résistants arrêtés doivent avouer, dénoncer les membres de leur réseau, dévoiler leurs missions et pour cela la Gestapo a des méthodes de torture qui n'ont rien à envier au Moyen-âge. L'interrogatoire commence par la vérification de l'identité puis la demande se fait plus précise quant aux réseaux, aux membres, aux sympathisants. Devant un refus de réponse ou un mutisme, les coups commencent à tomber : coups de poing au visage, coups de matraque, coups de pied dans les côtes ou le bas ventre comme en témoigne Jacques Grippa :
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Pendant près de deux heures alors (je voyais l’heure à une horloge), tous les gestapistes présents me frappèrent sans autre arrêt que de temps à autre « Alors vous n’avez rien à dire ? ». J’étais ainsi boxé dans la figure, à poings nus, jeté par terre, frappé à coups de matraque et à coups de pieds sur tout le corps. C’est pendant cette séance que je perdis une dent à la mâchoire inférieure droite. Je saignais du nez. A un certain moment, comme je me débattais à terre en criant, le gros Max s’assit sur moi tandis qu’un autre gestapiste m’enveloppait la tête dans un linge et qu’un troisième redoublait de coups de matraque et de pieds sur le bas du corps. Après près de deux heures, les gestapistes sans doute fatigués, sortirent de la pièce. De temps à autre, un personnage rentrait, me demandait si je n’avais rien à dire, et à la suite de ma dénégation, recommençait à me porter des coups. |
source : Contribution de J. Grippa sur les circonstances de son arrestation par les nazis en juillet 1943
Si le premier interrogatoire reste négatif, sans aveu, on passe à la vitesse supérieure et là on retrouve les méthodes médiévales : d'abord flagellation au nerf de bœuf puis on attache les poignets du prisonnier dans le dos, on le suspend à un crochet et on le soulève du sol lui entraînant des douleurs terribles aux épaules et une sensation d'étouffement ... Cela ne vous rappelle rien ? Mais si voyons, l'Estrapade médiévale !
Les Gestapistes emploient l'arrachage des ongles mais aussi la brûlure électrique ou encore les cotons imbibés d'essence placés entre les doigts de pieds et auxquels ils mettent le feu. Ça aussi ça rappelle quelque chose...
Et puis il y a la baignoire, on immerge l'interrogé jusqu'à la limite de la noyade et on le retire de l'eau par les cheveux pour le questionner, si le mutisme persiste on recommence l'immersion ... ça aussi c'est médiéval ...
Entre chaque séance, le détenu est remis en cellule, cellule sans lumière le plus souvent et solitaire pour majorer le sentiment d'angoisse.
Plus près de moi, à Tours nous avons eu un bureau de la Gestapo dans un bel immeuble qui existe encore 17 rue George Sand. Ici ont été torturés les résistants sur l'ordre Georg Brückle. Le bureau est constitué de 32 agents dont 10 allemands et de Clara Knecht, alsacienne et interprète. Clara Knecht, de son vrai nom Elise-Claire Dubost, est particulièrement sadique, elle prend part aux tortures en arrachant les ongles et fait embrasser son nerf de bœuf aux lanières de cuivre par les détenus avant de l'utiliser. Pour la petite histoire, disparue à la libération, on ne l'a jamais retrouvée...
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Les Gestapistes ont "amélioré" les techniques de torture entre autre avec l'électricité mais il faut reconnaître qu'elles sont directement inspirées du Moyen-âge ce qui est un comble pour ce peuple qui se voulait le peuple du renouveau de la race !
Après la torture vient le supplice, là, pas de surprise c'est la mort par les armes si elle n'est pas déjà arrivée sous la torture ou la déportation.
Contrairement au Moyen âge où il était habituel d'avouer une faute même si on ne l'avait pas commise pour arrêter les tortures, il faut admirer le courage de nos résistants qui n'ont pas lâché le moindre renseignement malgré les douleurs infligées.
On peut citer par exemple Marie Jo Chombart de Lauwe, résistante, qui, arrêtée par la Gestapo et déférée à la prison de la Santé à Paris, supporte la torture en fixant le rayon d'une lampe et en se récitant des vers d'Alfred de Vigny tirés de La Mort du Loup :
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"gémir, pleurer, prier est également lâche. Fais énergiquement ta longue et lourde tâche. Dans la voie où le sort a voulu t'appeler, Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler."
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La déportation c'est la mort sociale de l'Antiquité, le bannissement du Moyen-âge ou du XIXème siècle poussés à l'extrême.
Il faut cependant faire le distinguo entre camps de concentration et camp d'extermination.
- Les déportations vers les camps de concentration concernent les opposants au Nazisme et tous ceux qui sont jugés dangereux pour le régime. Leur fonction première est l'exclusion et la terreur .
- les déportations vers les camps d'extermination concernent les juifs et les tziganes. L'extermination est une fin en soi et consiste à liquider physiquement ces deux peuples jugés impurs dans l'idéologie Nazie.
Pour ma part je ne parlerai que des camps de concentration, en effet pour les camps d'extermination la mort est l'issue plus ou moins rapide mais inéluctable. Les souffrances de ces peuples ont déjà été longuement abordées par d'illustres historiens et de rares survivants.
Je ne traiterai donc que les tortures, supplices, châtiments et sévices perpétrés dans les camps de concentration que j'ai pu visiter ou dont j'ai eu le récit poignant par d'anciennes et d'anciens déportés. J'ai en effet eu l'opportunité de me rendre dans les camps de Sachsenhausen et de Ravensbrück et d'y rencontrer, d'y entendre des survivants et des survivantes.
Si on fait un parallèle avec le Moyen-âge, Les châtiments font suite à l'arrestation c'est l'emprisonnement puis déportation elle-même. Les supplices sont une réponse à d'hypothétiques "manquements à la discipline" selon les règles établies par les tortionnaires sévissant dans ces camps, les sévices, eux, sont gratuits et répondent au discours d'Hitler qui avait dit "nous serons inhumains". Les sévices peuvent même être une source d'amusement pour les soldats affectés aux camps .
- les châtiments sont donc aussi directement inspirés du Moyen âge.
- L'amende du Moyen-âge se transforme en spoliation des biens par les Nazis, La prison fait suite à l'arrestation et à la torture, les travaux forcés médiévaux sont remplacés par la déportation.
Arrivés dans les camps de concentration, on retrouve d'abord l'humiliation. Le fait d'être transportés, entassés dans des wagons à bestiaux, réduits à l'état de bêtes, le fait de raser les femmes jusqu'au pubis, de mettre nus les déportés et de les faire défiler devant des soldats en uniformes plein de raillerie et de haine, tout ça contribue au renoncement du statut humain de la personne et à l'humiliation.
- Les supplices sont fréquents, ils peuvent être purement physiques ou perpétrés sous couvert d'une hypothétique raison de recherche médicale.
- le crapaud, c'est le supplice pour faute "bénigne", cela consiste, par exemple à Sachsenhausen, à faire le tour de la place d'appel, debout en marchant puis en rampant au milieu des cailloux puis en courant et ensuite accroupi les mains derrière la nuque et en sautillant tout en recevant des coups. Parfois il est transformé en supplice du rouleau, où on doit tirer un gros rouleau sur les cailloux toujours sous les coups
Au niveau supérieur, toujours selon une référence médiévale, le fouet est remplacé par le bâton. C'est la bastonnade réalisée à la "schlague". Le condamné est installé et maintenu sur un chevalet appelé Bock et battu avec cette schlague formée d'une tige de bois ou de fer entourée de nerfs de bœufs et de cuir, le nombre de coup dépend du bon vouloir de ou des officiants entre 10 et 50.
- après la schlague, les déportés peuvent être mis au cachot. Pièce réduite où la solitude est terrible car ce qui permet de tenir en déportation c'est la présence de l'autre, d'une amie, d'un camarade de chalit, de travail .. Parfois comme à Sachsenhausen, les SS sortent le détenu de son cachot, après quelques coups, l'installent sur un genre de fauteuil et à l'aide d'un treuil, le descendent dans un puits vide, profond et noir où il restera la journée, voire la nuit ... sévice moral.
- les SS pratiquent un autre genre de supplice, ils attachent les mains dans le dos des déportés et les suspendent par les pieds ou le plus souvent par les poignets à un grand poteau appelé "le pieu"..... l'estrapade, encore, mais avec des coups en plus !
- les mutilations : Dans les camps de concentration, les mutilations sont faites le plus souvent sous couvert d'une recherche médicale plus ou moins justifiée, souvent non justifiée, d'ailleurs. On stérilise les hommes avec les rayons X entraînant des nécroses et des douleurs insupportables, on stérilise aussi des femmes. A Ravensbrück, on enlève des portions de muscle des jambes des femmes, elles sont alors appelées "les petits lapins" à cause de leur démarche clopinante, les estropiant ainsi à vie. Au Struthof on scalpe les détenus pour placer des électrodes sur le cerveau et mieux connaître les zones cérébrales en les stimulant électriquement ...
- les peines de mort sont fréquentes pour punir les tentatives d'évasion ou bien de "sabotage". En effet les déportés travaillent dans des usines ou des ateliers, ils peuvent saboter leur travail en montant à l'envers des pièces par exemple ou en cachant des objets destinés à résister. La peine de mort punit aussi les actes de cannibalisme fréquents chez les déportés affamés qui mangent des morceaux, souvent le foie, de leur camarade mort. La peine de mort est donnée de plusieurs façons possibles.
- D'abord la première est la mort lente par augmentation des charges de travail et diminution des rations alimentaires. Les déportés épuisés et sous-nutris finissent par mourir d'épuisement ou d'infections. Cette mort lente concerne tous les déportés.
- l'exécution par les armes, soit devant un peloton soit avec un pistolet. L'exécution fait suite à un passage à tabac en règle la plupart du temps.
- la mort par pendaison. Les SS ont l'habitude de pendre les condamnés lors de l'appel du soir, après lecture de l'acte d'accusation, devant tous les autres déportés, pour "l'exemple". Le condamné est amené sous le gibet ou la potence, on lui passe la corde au cou, le nœud sur la nuque, il grimpe sur un tabouret et l'officier donne un coup de pied rapide dans ce petit escabeau. Le condamné pend dans le vide mais la hauteur étant petite, il ne meurt pas tout de suite de rupture des cervicales mais d'étouffement après de longs soubresauts.... on retrouve "la danse des pendus".
Autre exemple, toujours au Struthof, on s'offre deux pendus pour Noël !
- les sévices sont eux des souffrances pouvant entraîner la mort infligés aux déportés en fonction de l'humeur, la colère ou le besoin de distraction des SS.
- ce sont des coups gratuits de crosse de fusil, des coups de poing, des coups de pieds, des coups de ceinturons. De la brutalité à l'état pur majorée par l'impression de domination des persécuteurs.
- ce sont des attaques de chiens, dressés à l'attaque et lancés sur un déporté, pour le plaisir.
- ce sont des bousculades volontaires et brutales qui font tomber et mourir comme dans la carrière de Mathausen.
ces bousculades peuvent aussi précipiter les détenus dans les barbelés électrifiés et ainsi les voir "gigoter" lors de l'électrocution.
Cette liste n'est évidemment pas exhaustive. Toutes les occasions sont bonnes pour infliger des sévices sur les déportés sans défense par personne ayant ascendant. Ces brutalités gratuites, ces cruautés, sont l'apanage des SS et vont malheureusement faire des émules jusqu'à nos jours.
Après la guerre
La guerre est finie, les camps sont libérés, mais est-ce pour autant que les châtiments vont cesser ? Et bien non... Il y a les règlements de compte, les exécutions sommaires et les humiliations.
Si les règlements de compte concernent les "collabos" qui sont passés par les armes ou assassinés plus discrètement, les humiliations organisées par les résistants visent en premier lieu les femmes accusées d'avoir pactisé avec l'occupant. Ces humiliations reprennent les codes médiévaux : elles sont tondues en public, portent un écriteau mentionnant leur forfait et sont promenées à travers les rues sous les moqueries, les crachats, les coups parfois, de la population ... "Traînées,pouffiasses, paillasses ou filles à boches ! " "Salope qui a donné son cul aux boches pendant que son homme mourrait pour la France, la liberté !"
Certaines femmes rasées, sont aussi stigmatisées non plus au fer rouge mais au charbon de bois ou à la peinture.
D'autres sont soumises à la loi du Talion, punies par où elles ont pêché, c'est à dire le vagin comme Marcelle Polge cette Nîmoise accusée de collaboration horizontale avec un officier allemand. Elle est tondue, exécutée, mutilée et on lui enfonce un manche à balai dans le vagin.
D'autres encore vont être non seulement rasée de la tête mais aussi du pubis et exhibées nues dans les villes.
Cette période trouble, faite de ressentiment, de haine et de rancœur, n'est pas du tout à notre honneur et, même si on peut la comprendre, elle est tout aussi blâmable.
Aujourd'hui
Aujourd'hui la justice n'exerce plus de tortures, de supplices ni même de peine de mort depuis 1981. Les condamnations se basent sur la recherche de preuves tangibles, les peines peuvent être des amendes, des travaux d'intérêts généraux ou encore une peine d'emprisonnement plus ou moins longue voire à perpétuité en fonction de le gravité du méfait..
Tout est bien alors !
Et bien non... car si la justice a codifié son application en éradiquant les tortures et les supplices, les sévices sont toujours présents mais individuels. Individuels c'est à dire de l'initiative d'un ou d'un groupe d'individus en réponse à une différence. Cette différence peut être physique, on s'attaque alors à des handicapés, sexuelle, on s'attaque alors à des homosexuels ou religieuse et ce sont des tortures infligées à des jeunes comme par exemple le calvaire d'Ilan Halimi par "le gang des barbares"; il a été séquestré et torturé à mort car il était juif.
Il y a encore des actes de barbarie, il suffit de lire les journaux ...
Je ne parle que de ce qui se passe en France et en Europe car bien évidemment les actualités des autres pays montrent que les supplices, les tortures et peines de mort sont encore bien présentes.
Les tortures sont pratiquées dans les prisons de même que les sévices. Je vous propose une carte montrant les pays où la torture est présente soit un pays sur deux. Les zones sombres correspondent à ces pays.
En ce qui concerne la peine de mort :
- On lapide en Iran, en Arabie Saoudite, au Nigeria...
- On décapite aux Emirats arabes Unis, au Quatar, en Arabie Saoudite sans oublier Daech.
- On pend en Irak, au Japon, en Egypte, au Botswana, en Inde, en Iran..
- On passe par les armes à Cuba, en Chine, en Biélorussie..
- On passe à la chaise électrique ou on pratique l'injection létale aux USA
Il me faut ici mettre en avant le rôle d'Amnesty International dans son combat contre la peine de mort et la torture dans le monde
Conclusion
J'espère avoir fait le tour de la question et vous avoir intéressé sans vous avoir trop choqué.
Le sujet est vaste et je me suis cantonnée volontairement à l'Europe. Il est bien sûr toujours possible de compléter ce travail de synthèse qui a débuté, comme je l'ai mentionné au début, par une visite au musée des tortures de San Gimignano en Toscane.
Alors que dire en conclusion ? Que nous avons su évoluer, qu'il faut croire en l'Homme. Et surtout qu'il faut se retourner et regarder notre histoire, voir d'où nous sommes partis et où nous sommes aujourd'hui et souhaiter que tous les pays du monde suivent cette même ascension.