idéogrammes-Musée Tessé- Le Mans -photo personnelle
idéogrammes-Musée Tessé- Le Mans -photo personnelle

 

 

Après mon article sur le Nil, je vous propose un second volet concernant l'Egypte ancienne qui va traiter des hiéroglyphes, de leur impact sur la culture, la religion et l'art égyptien

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Ethymologie du mot hiéroglyphe

Le mot "Hiéroglyphe" est d'origine grecque et signifie "graver le sacré". Si on le sait moins, on comprend mieux pourquoi les hiéroglyphes désignaient les scribes chargés de leur réalisation et non l'écriture elle-même.

De même, les Romains gardèrent le terme et considèrent eux aussi que les hiéroglyphes étaient les traceurs de signes et non les signes eux-mêmes.

Les égyptiens, eux, appelaient leur écriture "medou netjer" ce qui signifiait "parole divine".

Par habitude et par glissement de langage, on a fini par assimiler les hiéroglyphes aux signes eux-mêmes et ceci jusqu'à nos jours.

 

Beaucoup de sites proposent des traductions de glyphes et des reproductions de ceux-ci. Je ne veux pas refaire un article sur des éléments si faciles à trouver sur internet. Je vais donc vous proposer une approche un peu différente, mais complémentaire, qui concerne la technique de lecture et la construction étonnante des phrases dans l'Egypte ancienne.

 

Matériel d'écriture et de gravure

  • La gravure dans l'Egypte ancienne, qu'elle soit sur des statues ou sur des monuments, désignait souvent une personnalité, parfois une prière ou une scène marquante de sa vie.

 

gravure en creux-exposition Toutankhamon-photo personnelle
gravure en creux-exposition Toutankhamon-photo personnelle

 

  • La gravure se faisait grâce à des instruments qui n'ont pratiquement pas évolué depuis l'antiquité. Ces outils étaient des ciseaux de différentes formes en fonction du type de gravure : soit en relief soit en creux.

 

ciseaux pour gravure sur pierre

 

 

  • l'écriture, elle, est faite par les scribes. Elle concerne des documents privés, des lettres par exemple, des documents officiels comme des inventaires, ou encore des livres religieux comme par exemple le "Livre des Morts". Le scribe trace ses hiéroglyphes grâce à un Calame. Le Calame est une tige de roseau, de jonc ou de bois, de bambou le plus souvent, taillé en pointe plus ou moins fine en fonction du tracé à faire et des supports. Pour les papyrus c'est le roseau qui est utilisé et éventuellement le jonc, dans la terre cuite comme des tessons de poterie on utilise plutôt du bois ou du bambou

 

  • Les boîtes à Calame sont parfois très simples ou portant le nom de leur propriétaire mais peuvent être très richement décorées en fonction du statut social de leur possesseur
palette et Calame- source : musée d'archéologie de Marseille

 

 

boîte à Calames de Toutankhamon-exposition Toutankhamon-photo personnelle
boîte à Calames de Toutankhamon-exposition Toutankhamon-photo personnelle

 

  • Le scribe utilise pour les documents courants de l'encre noire et une encre rouge pour les passages les plus importants.

 

  • Pour le "Livre des Morts", livre regroupant la représentation des rites funéraires et les prières qui y sont associées, le scribe ou l'illustrateur (il peut s'agir de la même personne cumulant les deux fonctions), a utilisé de la peinture posée grâce à des pinceaux qui n'ont pas à rougir à côté des nôtres.

 

pinceau égyptien - source : British Museum

 

extrait du livre des Morts- source : Wikipedia

 

 

Règles d'écriture des hiéroglyphes

L'écriture hiéroglyphique est avant tout décorative, artistique et ornementale.

Il est important de remarquer que les mots ne sont jamais séparés par un espace libre, que la ponctuation n'existe pas et que l'on ne représente pas les voyelles.

Les égyptiens ont donc établi une loi de calligraphie stricte :  les divers groupes de signes composant 'un texte doivent pouvoir s'inscrire dans des quadrats qui sont des espaces carrés.

On va voir que cette règle n'est pas simple à respecter et que pour cela les scribes vont faire appel à "des licences orthographiques' si je puis dire.

Les scribes observent cette règle très scrupuleusement et donc préfèrent écrire un mot d'une manière incorrecte, avec une faute, plutôt que de représenter ce mot en entier, ce qui était pour eux une manière d'écrire inélégante car ne s'inscrivant pas dans un quadrat.

 

Un exemple : "l'homme" s'écrit "ROMET" c'est à dire "R+M+T" mais ils préféraient l'écrire "R+T" en omettant le M, en effet il est tout simplement plus facile d'inscrire dans un quadrat les signes suivants soit "R+T" :

Bien plus facile que les signes nécessaires pour écrire intégralement le mot "l'homme" soit "ROMET" :

 

 

Cela, si je peux me permettre cette comparaison, correspond à notre licence poétique qui permet d'écrire "P'TETE" dans une chanson ou un poème au lieu de "Peut-être" pour respecter le nombre de pieds ou bien en bas d'une page de courrier pour éviter d'en entamer une autre. 

 

La lecture des hiéroglyphes

La lecture des hiéroglyphes de l'Egypte ancienne se fait dans quatre directions et cela dans un souci, là aussi, purement esthétique.

  • de gauche à droite comme le Grec et le Latin

 

  • De droite à gauche comme l'Arabe et l'Hébreu

 

  • de haut en bas  dans les cartouches par exemple, comme le japonais, mais en partant soit de la gauche soit de la droite

 

différents sens de lecture des hiéroglyphes

 

Parfois le texte est aussi beau dans un sens que dans l'autre, alors, toujours dans un esprit d'esthétisme, les scribes n'hésitent pas à le répéter mais une fois dans un sens et une fois dans l'autre sens.

 

formule d'offrandes- mastaba de Kahay- Gizeh

 

Alors comment lire ces glyphes ? Les égyptiens ont tout prévu, les représentations d'animaux ou d'hommes présents dans le texte nous en donne la clé. En effet ces représentations ont le profil tourné du côté du début du texte. Ingénieux, non ?

Mais parfois me direz vous certains hiéroglyphes ne contiennent pas de représentations d'êtres vivants, animaux ou hommes, alors comment faire ? Là encore les scribes ont contourné la difficulté en ajoutant une figure au texte, souvent une lionne, dont l'orientation du profil servait à déterminer le sens de lecture du début du texte. Bien sûr ce signe ne se prononçait pas.

 

hiéroglyphe "lionne"

 

Ce glyphe renforçait encore l'esthétisme du texte.

 

évolution des hiéroglyphes

bien sûr on peut penser que l'apparition des phonogrammes, c'est à dire une écriture véritable, allait sonner le glas des idéogrammes, c'est à dire l'écriture figurative. Mais il n'en a rien été, les scribes ont continué à utiliser les idéogrammes en les mélangeant aux phonogrammes et cela même pendant la période Romaine. Ce mélange était hétéroclite et des plus complexes.

On comprend bien la difficulté rencontrée pour les traduire et le travail fourni par Champollion.

 

idéogrammes et phonogrammes- Musée de Tessé-Le Mans-photo personnelle
idéogrammes et phonogrammes- Musée de Tessé-Le Mans-photo personnelle

 

 

En conclusion, si la difficulté de traduction a été majeure et s'il faut retenir une chose de l'écriture égyptienne ancienne, c'est que les scribes et les égyptiens ont toujours fait que le BEAU l'emporte sur le VRAI.

 

 

 

Cartouches- exposition Toutankhamon-photo personnelle
Cartouches- exposition Toutankhamon-photo personnelle

 

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