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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 21:04

L'intime plaisir de lire 2

 

                                      SDC12226

 

 

Deuxième volet de l'exposition du Château de Tours, en opposition à Zola écrivain - photographe, je vous propose  l'exposition sur André Kertész qui, lui, saisit celui qui lit l'ouvrage de l'écrivain.

 

 

André Kertész -  Repères et Biographie

 

1894 = naissance d'André Kertész le 3 Juillet à Budapest

 

1912 = Premier appareil photo, Kertész a 18 ans.

 

1914 = il est enrolé dans l'armée austro-hongroise

 

1919 = pratique régulière de la photographie avec son frère Jéno.

 

1925 = Kertész arrive à Paris

 

1927 = première exposition personnelle à la galerie Au Sacre du Printemps à Paris

 

1928 = Début de sa collaboration avec le magazine "VU" qu'il poursuivra jusqu'en 1936. Il participe à des expositions de l'avant-garde photographique parisienne.

 

1929 = Il reçoit une médaille d'argent à l'Exposition coloniale internationale de Paris

 

1931 = Kertész commence à publier régulièrement dans Art et Médecine

 

1933 = le 17 Juin il épouse Erzébet Salamon, qui prend le nom d'Elisabeth Kertész. Il publie "Enfants" son premier livre

 

1934 = Publication de "Paris vu par Kertèsz" avec un texte de Pierre Mac Orlan

 

1936 = Kertèsz et son épouse arrivent à New York le 15 Octobre

 

1937 =  Il travaille pour différents magazines et fait sa première exposition personnelle à New York

 

1947 = Il signe un contrat avec le magazine House et Garden, ce qui lui assurera un revenu régulier jusqu'en 1961.

 

1952 = Il s'installe dans un appartement de la 5ème avenue dont les vues sur Washington Square et ses environs deviendront des thèmes récurrents jusqu'à sa mort

 

1963 = Il se rend à Venise puis à Paris où une exposition à la BN luiest consacrée. Il retrouve alors ses négatifs laissés en France en 1936.

 

1964 - 1976 = Kertész enchaîne expositions et publications

 

1977 = Son épouse Elisabeth décède le 21 Octobre, juste avant l'ouverture de son exposition rétrospective au Centre Pompidou

 

1981 = publication de "From My Windows" recueil de polaroïds en hommage à Elisabeth

 

1982 = Grand prix national de la photographie décerné par le ministère de la Culture à Paris

 

1984 = Donation à l'Etat Français de ses négatifs, de ses archives et de sa correspondance

 

1985 = Mort à New York le 28 Septembre

 


                                                             220px-Kertesz.jpg

 

 

Kertész photographe de la lecture

 

 

L'exposition Kertész réunit, ici, un ensemble de photographies autour du thème de la lecture. Ces photos sont tirées d'un ouvrage publié en 1971 sous le titre de "On Reading" aux USA et "Lectures" en France. C'est un livre où il n'y a pas de textes, les photos ne sont pas expliquées par quelqu'un d'autre, elles parlent d'elles-mêmes.

On peut imaginer l'écho d'un tel sujet chez le photographe, amateur de littérature et fils de libraire.

 

En multipliant les points de vue sur le lecteur, Kertèsz nous rappelle que la lecture est un acte universel, un plaisir de tous les âges et de toutes les catégories sociales.

Kertész a répertorié des styles de lecteurs, des attitudes et des lieux plus ou moins propices à la lecture.

 

Lieux sereins, calmes, où l'artiste n'interprète pas mais où il nous fait partager ce qu'il a ressenti à un moment donné.

 

            Copie de SDC12229

 

C'est le dialogue entre le sujet et son décor qui retient l'attention

 

                                 Copie de SDC12230


Malgré l'entourage chaotique, le lecteur apparait comme un être isolé.

 

                                   Copie de SDC12234

 

 

Kertèsz nous fait ressentir l'interêt de ce passant trouvant un livre séduisant au milieu d'un amas destiné au rebut

 

                                                  Copie de SDC12235

 

 

ou encore, nous amuse avec des contrastes comme cet enfant faisant d'un amas de journaux, un salon de lecture.


                 Kertesz-02 

 

Lecteur paisible, retiré du monde, sur un toit d'immeuble

 

                                                   Copie de SDC12238

 

Kertèsz nous montre le lecteur au milieu d'une foule,et nous fait ressentir par son attitude absorbée, un moment de silence au milieu du brouhaha.

 

                                         Copie de SDC12239

 

La ville est là, bruyante et le lecteur solitaire n'entend que le clapotis de l'eau qui accompagne sa lecture, je l'entends moi aussi en regardant cette photo quelques instants, pas vous?

 

                                                        Kertesz-07

 

 

 

Kertèsz traduit un décalage spatial et temporel en invitant le spectateur à observer les expressions calmes des visages absorbés, à imaginer des univers non visibles et, finalement, il rend compte d'un profond sentiment d'expérience partagé: celui de l'indicible dialogue silencieux de la lecture.

 

En conclusion, je terminerai par une phrase de Kertèsz qui le résume parfaitement à mes yeux: " ma photographie est vraiment un journal intime visuel... c'est un outil pour donner une expression à ma vie, pour décrire ma vie, tout comme des poètes ou des écrivains..."

 

                                                 Copie de SDC12241

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 16:40

 

L'intime plaisir de lire 1


SDC12228


 

 

 

Magnifique exposition que celle réunissant un écrivain - photographe, Zola, et un photographe qui revisite le livre, Kretész.

 

Zola : Repères et Biographie

 

1840 : naissance d'Emile Zola à Paris. Il est fils unique, sa mère est originaire de Seine-et-Oise et son père est vénitien, ingénieur hydraulicien à Aix-en-Provence.

 

1847 : Décès de son père. La famille se retrouve dans une situation financière difficile.

 

1852 : Etudes secondaires à Aix, il se lie d'amitié avec Paul Cézanne. Il aime lire et ses auteurs préférés sont Lamartine, Hugo et Musset.

 

1858 : Zola s'installe à Paris

 

1862 : Il est d'abord commis en douane, puis il entre chez Hachette où il devient chef de publicité. Il peut alors rencontrer les écrivains les plus célèbres du moment comme Lamartine, Michelet, Littré, Sainte-Beuve.

 

1864 : Il publie son premier livre, Conte à Ninon et l'année suivante, la Confession de Claude.

 

1867 : Son important ouvrage sur Edouard Manet est publié. Il est critique d'art et bataille pour les Impressionnistes. Il rencontre Nadar dont il devient l'ami.

 

1870 : Mariage avec Alexandrine Meley, l'ami de coeur de Cézanne, qui ne pourra pas lui donner d'enfant

 

1871 - 1893 : Il entreprend une minutieuse enquête, travail préalable à l'écriture d'une grande oeuvre en 20 volumes basée sur ce travail documentaire et sur son expérience vécue, l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, les Rougon-Macquart.

 

1877 : Il fonde l'Ecole naturaliste avec Flaubert et Edouard de Goncourt et l'année suivante, le Groupe de Médan.

 

1888 : En cure à Royan, il découvre à la fois la bicyclette, la photographie et sa nouvelle compagne, Jeanne Rozerot. Elle lui donnera 2 enfants, Denise en 1889 et Jacques en 1891.

 

1895 : Il achève son grand projet littéraire et pratique alors la photographie avec passion. Il se procure 8 appareils de format différents, du 6,5 x 9 au 30 x 40 et installe 2 laboratoires.

 

1898 : Il prend violemment parti dans les luttes politiques avec l'affaire Dreyfus et publie sur 8 colonnes, dans l'Aurore du 13 Janvier, "j' accuse".Il est condamné en diffamation et s'exile en Angleterre le 18 juillet.

 

1899 : Le jugement de Dreyfus ayant été annulé, il rentre à Paris le 3 juin, il se tourne vers une vision messianique du genre humain : fécondité, travail, vérité et justice, inspiré par les théories socialistes.

 

1899 - 1900 : Il photographie en détail l'Exposition Universelle comme personne ne l'avait fait jusque là.

 

1902 : Il meurt asphyxié dans sa chambre dans des circonstances étranges le 29 Septembre. Une foule immense assiste à ses obsèques.


 

Zola l'écrivain - photographe

 

SDC12250

 

 

 

Zola applique pour la photographie la devise écrite sur les murs de son cabinet de travail

" Pas de journée sans une ligne", elle devient " Pas de journée sans une image"


Le résultat : 7000 plaques en 7 ans.


 

Il est indéniable que la précision des descriptions de l'écrivain est égale à l'acuité d'un objectif.

Tout en lui le prédispose à la photographie, son sens inné de l'observation, son souci de saisir dans la banalité du quotidien tout ce que nos habitudes cachent à notre regard.

 

 

Copie de SDC12247

 

 

Sa volonté est de trouver dans tous les aspects les plus fugitifs du réel, beauté ou poésie. Il ne peut envisager la photographie comme un passe-temps mais comme un mode d'expression quasi scientifique.

" A mon avis, écrit-il, vous ne pouvez pas dire que vous avez vu quelque chose si vous n'en avez pas pris une photographie, révélant un tas de détails qui, autremant, ne pourraient pas être discernés."

 


Copie de SDC12243

 

 

Ses photographies lui demandent autant de travail préparatoire que ses écrits. "Quand j'évoque les objets que j'ai vus, je les revois tels qu'ils sont réellement avec leurs lignes, leurs formes, leurs couleurs, leurs odeurs et leurs sons. C'est une matérialisation à outrance, le soleil qui les éclairait m'éblouit presque."

 

 

Copie de SDC12246

 

 

Comme pour ses écrits, Zola emprunte ses sujets à son environnement proche et d'abord à son entourage familial comme pour en retenir le temps ...

Les portraits de Jeanne Rozerot, la mère de ses enfants, sont émouvants. Il a su la saisir avec son attachante beauté, tantôt dans le jardin, son regard un peu triste mais plein de rêve, tantôt dans l'intimité, vêtue d'un drap blanc, les épaules nues.

 


 

Copie de SDC12244

 

 

D'autres images montrent Jeanne au milieu de leurs enfants, Denise et Jacques. Zola aime beaucoup ces moments et s'autophotographie avec sa petite famille, toutes mains enlacées.

 

 

 

Copie de SDC12245

 

 

 

Le côté intime ne doit pas nous faire oublier l'énergie que déploie Zola en photographie, semblable à celle dépensée pour son oeuvre littéraire. Il compose des natures mortes, photographie des fleurs, des paysages, des gens, des trains, des automobiles, des scènes de genre à Londres pendant son exil, et surtout Paris.

Ceci fait référence à l'extraordinaire ensemble réalisé sur l'Exposition Universelle de 1900, unique en son genre.

 

 

Copie de SDC12248

 

"Il braque son objectif sous tous les angles, écrit son petit-fils le docteur, François Emile-Zola; pour opérer, il monte sur les terrasses, escalade les tours du Trocadéro ou les 2 étages de la Tour Eiffel toute neuve"

 

 

SDC12253

 

 

Il veut montrer la foule, l'immensité et le grandiose qui se pressent aux portes du XXème siècle. Il se comporte en précurseur, il faudra bien le reconnaître.

 

 

 

SDC12249

 

 

Zola écrivain et Zola photographe ont une démarche parallèle, mêmes pensées, mêmes réflexions, mêmes observations, mêmes désirs de montrer la vie, de nous en parler.

 

"je n'ai qu'une seule passion celle de la lumière"

 

 

Voilà le résumé de cette exposition, volet Zola écrivain-photographe. Je ne saurais trop vous conseiller, cher lecteur, de lire l'article sur Kertész, le photographe qui revisite le livre, pour appréhender une approche différente de la vie.



SDC12256

 

SDC12254


 

 

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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 21:01

 


entrée de l'exposition

 

Les expositions temporaires au musée Jacquemart-André nous ont présenté, cet hiver, les oeuvres du collectionneur Samuel von Brukenthal.


le baron Samuel von Brukenthal (1721-1803)

 

 

Proche conseiller de l’Impératrice d’Autriche Marie-Thérèse (1717-1780),  il a mené une longue carrière politique à la cour avant d’être nommé gouverneur de sa terre natale, la Transylvannie.

 

 

 

Avide collectionneur, il rassemble près de 16.000 livres précieux, 800 gravures, 1200 tableaux et un grand nombre d’objet d’art. L’Impératrice elle-même contribue à enrichir ce qui est considéré comme “l’une des plus belles et riches collections de Vienne”. Hébergée dans l’ancienne résidence du baron, devenue le Muzeul National Brukenthal, à Sibiu, en Roumanie, elle prête aujourd’hui, pour la première fois au musée Jacquemart- André une cinquantaine de ses chefs-d’oeuvre.

 

 

L’exposition rassemble une quarantaine de tableaux de l’école flamande, une poignée d’oeuvres de l’école italienne mais aucune de l’école française (peu nombreuse dans la collection Brukenthal et de qualité moindre).

 

 

Je vous emmène parcourir cette exposition, m'arrêtant devant les oeuvres qui m'ont le plus touchée.

l'exposition


entrée de l'exposition 2


Pénétrons grâce au lien suivant dans les salons où se déroule la présentation de ces chefs d'oeuvre, pénombre de rigueur, oeuvres présentées sobrement, éclairage les mettant superbement en valeur et laissons nous porter par la musique ...
   
Les oeuvres présentées chronologiquement du XVème au XVIIème siècle sont réparties en cabinets constitués de genre de peinture : paysages, très important dans la peinture flamande, portraits, mythologie, scènes de religion, de genre et nature morte.
 
Cette logique sera mon fil conducteur.



L'art du Paysage

L’art du paysage se développe lentement à la fin du Moyen-Age. Il sert d’abord de simple fond à un portrait, avant de devenir un genre à part entière à la Renaissance. L’école flamande excelle en la matière grâce à son sens du détail et son goût pour le réalisme.
On peut citer l’influence de Pieter Bruegel l’Ancien (1525-1569), représenté dans la collection, par Le Massacre des Innocents à Bethléem (vers 1586/1590).


le Massacre des Innocents-Bruegel

Cette scène biblique insérée dans un paysage enneigé évoque la répression d’Hérode, qui ordonne la mise à mort de tous les garçons, lorsqu’il apprend des Rois Mages, la naissance du futur roi d’Israël. Mise en parallèle avec le pillage des troupes espagnoles en Flandre, la scène offre une critique déguisée du peintre contre la politique de Philippe II, roi d'Espagne. Plusieurs versions de cette oeuvre de Bruegel existent. La couronne britannique détient la plus célèbre d’entre-elles mais celle de Brukenthal est considérée comme l’une des meilleures.

La composition offre une multiplicité de petites scènettes d'une grande cruauté.


détail massacre des innocents
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Le tableau suivant intitulé Paysage à la trappe aux Oiseaux (1631) est un remarquable exemple de l'art du paysage chez Bruegel. Il a été réalisé par Pieter Bruegel le Jeune qui peint un paysage dans la lignée de ceux de son père, il utilise des couleurs pastel créant une perspective atmosphérique délicate. Les personnages jouent sur une rivière gelée et rapetissent à mesure qu'ils s'éloignent. Bruegel donne l'impression d'avoir capté une scène sur le vif, accentuée par la véracité des mouvements de chaque personnage.


paysage à la trappe aux oiseaux


Le premier plan est marqué par les arbres foncés caractéristiques des paysages flamands tandis qu'une vue de la ville d'Anvers à l'horizon permet d'enchaîner subtilement les bleus, gris et verts unifiant le paysage. La ligne pure des arbres et le raffinement de la courbe souple des branches se détachent au premier plan sur la neige. Il semble que la fine couche neigeuse reposant sur les branches ait été peinte avec un cheveu ou une soie tellement le trait est délicat.


 
paysage à la trappe aux oiseaux-détail
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 Paysage montagneux avec un moulin. 1625/1630. Huile sur bois. Autre oeuvre clé, celle de Jodocus de Momper (1564-1635) et Jan II Brueghel (1601-1678), Paysage montagneux avec un moulin. Elève de Pieter Bruegel, Momper exprime l’héritage esthétique de son maître à travers l’harmonie des couleurs (sombres au premier plan, puis nuances de vert, et enfin de bleu clair) qui contribue à l’effet de perspective

 

 

momper

 

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L'art du Portrait

 

L’art du portrait est illustré par Hans Memling (1435-1494). Il est le premier à introduire dans un portrait un paysage en arrière-plan, traité avec autant de minutie que la carnation des visages, doux et nobles, et des costumes.

 

Ces deux tableaux faisaient initialement partie d'un tryptique, le panneau central représentant une Vierge à l'Enfant étant dans une collection privée américaine. Les deux donateurs sont représentés dans une attitude pieuse, tournés vers la Vierge, l'homme lit les Saintes écritures et son épouse prie. Le portrait du fils au second plan a été ajouté par Memling un peu plus tard. Dans un souci de réalisme Hans Memling travaille la transparence des voiles et le rendu des matières. L'utilisation de la peinture à l'huile mélangée à un glacis permet d'obtenir cette pureté et cette transparence.

 

 

hans Memling

 

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Le portrait de Wilhelm IV, duc de Bavière et de Jacoba, son épouse, duchesse de Baden (1526) fut commandé par le duc à Hans Schwab von Wertingen, artiste allemand également renommé comme peintre de vitraux et dessinateur. Quand il peint ces deux portraits l'art en Bavière synthétise en les actualisant l'art flamand et allemand avec la découverte de la Renaissance italienne. L'artiste met l'accent sur l'unité du couple et l'affection des époux, l'initale du duc ornant le collier de son épouse et inversement.

 

 

 

Wilhelm IV et Jacoba

 

 

 

La richesse exceptionnelle des bijoux et des costumes est accentuée par les guirlandes dorées suspendues et par le superbe tapis qui couvre la table sur laquelle la duchesse pose son bras gauche. Le paysage et les montagnes sont continus d'un tableau à l'autre et traduisent ainsi la proximité des deux personnages.

 

 

jacoba détail

 

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Citons également Marinus van Reymerswaele (1490-1546) et son Saint-Jérôme dans son studiolo  (vers 1545)


Saint Jérome

 
ou encore Adriaen Thomas Key (1540/45-1589) et son Buste d’un jeune homme blond à la collerette (vers 1569) qui m'a particulièrement  touché, en effet on peut compter ses cheveux et le nombre de ses poils de barbe tant la technique est précise et délicate. J'ai passé un long moment à l'admirer et j'avais presque l'impression de deviner à travers ce portrait sa personnalité.
 

 

adrian thomas Key

 

 

                                                                                                ---

 

 

Mais l’art du portrait dans la tradition flamande s’incarne surtout dans L’Homme au chaperon bleu (vers 1430), première oeuvre connue de Van Eyck (1390-1441). L’originalité du portrait tient dans la pose du sujet, Jean IV de Brabant, représenté de trois-quart. Il tient dans sa main droite la bague qu’il va offrir à sa fiancée - une manière éloignée de faire sa cour, comme le veut l’époque.

 

 

homme au chaperon bleu

 

 

Il se dégage de cette oeuvre une douce mélancolie. Le traitement de la coiffe de l’homme reflète la virtuosité de l’artiste dans son traitement des matières de même que la représentation de la fourrure, la précision des traits du visage ou de la barbe. Il est l’un des premiers à accorder de l’importance aux ombres, qui permettent de rendre compte des volumes. Lorsque S. von Brukenthal acquiert cette oeuvre, elle est encore attribuée à Albrecht Dürer.

 

 

homme au chaperon bleu- détail

 

 

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La peinture mythologique

 

Avant la Renaissance, le prestige d’une oeuvre tient à sa valeur historique ou morale. La peinture mythologique relève dès lors du “grand genre”. Elle permet d’afficher l’érudition de l’artiste par les nombreux symboles et allégories qu’il incorpore. Parmi les oeuvres de la collection Brukenthal figure une esquisse réalisée par Jacob Jordaens représentant trois femmes et un enfant qui forment une allégorie de l'été. L'air inquiet, elles regardent dans des directions différentes, accentuant l'impression de mouvement. Cette esquisse peinte constitue en réalité une ébauche pour deux tableaux différents. Les touches de pinceau sont larges avec des accents de couleur forts et vigoureux. La spontanéité de la touche est saisissante. La palette utilisée par l'artiste est fortement influencée par les coloris vénitiens et par l'oeuvre du Titien, allant du blanc aux ocres en passant par les rouges et les roses. Elle traduit l'expressivité des personnages et l'atmosphère estivale.

 

 

  trois femmes- jordaens

 

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On peut aussi admirer Diane et Callisto (vers 1606) de Hans Rottenhammer (1564-1625). Dans cette peinture Diane découvre que sa servante Callisto attend un enfant de Zeus. Junon, la femme de ce dernier, la transforme en ours. Zeus lui rend hommage en l’incarnant en constellation: la grande ourse. L’oeuvre fait preuve d’un esthétisme flamand - naturalisme de la végétation - et italien (composition architecturale, figures féminines sensuelles) qui rend compte des échanges culturels de l’époque entre le Nord et le Sud.

 

  Diana und Callisto

 

 

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Le Cabinet de Curiosités

 

Le tableau de Johann Georg Hinz (1666) nous donne un magnifique exemple de ce qu'était un cabinet d'amateur au XVIIème siècle. Les étagères peintes en trompe l'oeil sont richement ornées de bijoux, horloges, armes ou encore coquillages. Depuis le XVIème siècle, avec le développement des encyclopédies scientifiques, savants et amateurs prenaient plaisir à rassembler chez eux des objets d'art surprenants ainsi que des naturalia, c'est à dire  des éléments minéraux, animaux ou végétaux  présentant un caractère rare ou bizarre.

 

 

cabinet curiosités

 

Dans ce tableau Hinz s'éloigne des considérations scientifiques et s'attache à rendre l'aspect nacré, précieux ou brut des matières jouant sur un contraste entre les bizarreries de la nature et les objets d'art. La présence de coquillages souligne la richesse de la collection présentée puisque certains d'entre eux, ramenés par les navigateurs, valaient plus que leur poids d'or.

 

 

curiosités- détail

 

 

 

  Les scènes religieuses

 

L’école italienne est représentée par une toile majeure du Titien (1485-1576), Ecce Homo (vers 1560). “Cette oeuvre marque un tournant dans l’évolution du style du Titien”, explique Nicolas Sainte Fare Garnot, co-commissaire de l’exposition. De la juxtaposition des tons, il passe aux contrastes lumineux. Réputé pour ses coloris ocres et rouges, Tiziano Vecellio de son vrai nom, illustre ici un Christ, offert à la foule par Ponce Pilate, non pas humilié mais fier. Si son regard est baissé, sa tête est relevée. La force dramatique de l’oeuvre est accentuée par les couleurs chaudes, l’opposition entre la draperie rouge qui recouvre le Christ, la chair de son corps et la noirceur des épines de sa couronne dont coule un sang vermeil. Le bras du Christ en avant attire l'oeil du spectateur dans l’oeuvre.

 

  titien

 

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Tout aussi surprenante est La sainte Famille (vers 1625/1630) de Jacob Jordaens (1593-1678). La tension de la scène découle d’un clair-obscur caravagesque, accentué par le contraste des touches de rouge, blanc, bleu, et orange. La famille réunit autour d’un simple cierge, incarne la Vierge, l’enfant Jésus et saint Jean-Baptiste tenant une croix - seul élément religieux de la composition. L’artiste ne souhaitait pas idéaliser la scène pour permettre aux plus humbles de s’identifier aux personnages. Jordaens prenait souvent ses proches comme modèles pour ses tableaux.

 

 

 

  sainte famille

 

 

 

 

Les scènes de Genre

 

 

La description de la vie quotidienne dans les scènes de genre devient la spécialité des artistes hollandais et flamands. Les élites se détachent des sujets religieux et historiques pour s’intéresser aux moeurs des anonymes

 

Frans van Mieris nous présente un soldat à sa fenêtre (1658), c'est un tableau de petit format, dans un style très minutieux avec son encadrement en forme d'arc en trompe l'oeil. Le cadre sert de fenêtre au personnage et rentre dans le décor et la perspective avec l'ajout de végétation comme ornement. La scène est prise sur le vif, le soldat semble se préparer à fumer sa pipe mettant son doigt dans le fourreau, un geste dont on ne peut ignorer l'obscénité.

 

 

  mieris

 

 

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  Les deux tableaux de David II Teniers (1610-1690), l'auberge Flamande et La Visite chez le médecin du village (vers 1660) dépeignent avec humour et tendresse les travers du quotidien (ici, le médecin analysant les urines de sa patiente). Le médecin évalue la clarté et la couleur de l'urine en présentant la fiole au jour, il s'agissait à l'époque de la seule manière de diagnostiquer un malade. La femme semble inquiète, la présence de livres témoigne de l'érudition du médecin.

 

 

cabinet du médecin

 

 

 

Egalement apothicaire, il produit et vend ses préparations que l'on voit dans les bocaux. Teniers nous donne ici une image très précise d'un cabinet de médecin au XVIIème siècle.

 

cabinet médecin - détail

 

  Les natures mortes

 

 

L’exposition se clôt sur l’art de la nature morte. Les jeux de transparence, de lumière qui découpe les volumes, le réalisme des fruits, fleurs et coquillages apportent leurs lettres de noblesse à un art profane, jugé mineur, jusqu’à la Renaissance.

 

 

La guirlande de fruits (1660) est une grande composition de deux artistes, Jan Davidsz de Heem qui réalisa la guirlande et le décor de fruits et Erasme Quellin qui réalisa les éléments architecturaux et le médaillon central. Cette nature morte est d'une grande élégance, chaque grain de raisin est exposé à une lumière spécifique et chaque grappe offre au regard une transparence prodigieuse. Cette oeuvre offre au spectateur une réflexion sur la vanité du monde, la beauté exceptionnelle de ces fruits n'est qu'éphémère et souligne la fragilité de la vie devant le temps qui passe. Le bas-relief central présente le modèle à imiter, la Sainte Famille dont l'image reste gravée dans la pierre. Au sein du message général, chaque fruit renvoie dès lors à un symbole précis : le raisin évoque l'Eucharistie, la chataigne la souffrance du Christ pendant la Passion et la noix la mort du Christ.

 

 

 

guirlande de fruits

 

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La cuisinière flamande (vers 1610/1620) de Jeremias van Winghe (1578-1645) et Georg Flegel (1566-1638). Au premier plan, une jeune femme, tournée vers le spectateur, présente une grappe de raisin - symbole de l’Eucharistie - tandis qu’un chat, rattaché à l’univers de la sorcellerie et du mal (il convoite la perdrix posée sur la table), est acculé dans l’angle droit du tableau.

 

 

cuisinière flamande

 

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La collection Brukenthal possède peu de grands portraits (contrairement aux collections royales) du fait de l’origine modeste du baron (fils d’un fonctionnaire). Sa nature économe, liée à sa pratique protestante, est compensée par l’expertise de deux conservateurs dont il a su s’entourer.

 

Le résultat est une collection pointue qui révèle le meilleur des écoles flamandes et quelques perles italiennes. Une exposition qui m'a comblée et que j'ai plaisir à partager avec vous.

 

 

 

cuisinière- détail

 

 

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 21:17


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En octobre 2009, le musée Sunshine de Pékin a offert une occasion unique de découvrir et comprendre l'art chinois contemporain et ses grandes  évolutions.



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Du 12 septembre au 25 octobre 2009 le Château de Tours a accueilli une exposition qui a réuni des oeuvres d'artistes chinois choisis parmi les 1000 artistes du musée Sunshine. 


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Après un an de préparation est présentée une soixantaine d'artistes les plus représentatifs des années 60, 70 et 80.



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Pour chacune de ces périodes, le contexte historique est différent ; les artistes s'y expriment donc aussi différemment. Ils sont à la fois les témoins et les acteurs de ces trois périodes de l'histoire contemporaine de la Chine : la Révolution culturelle en 60, l'ouverture au monde en 70 et le développement de l'économie en 80.


liu baomin                                                                                                     Liu Baomin

A chaque époque, les réformes se sont succédées très rapidement. Elles ont influencé un art   traduisant une vision des révolutions culturelles, idéologiques ou économiques et une ouverture sur le monde d'un pays en pleine expension.



liu baomin.2                                                                                                         
  Liu Baomin

L'exposition dessine aussi la politique de la natalité, les relations tumultueuses des artistes avec le Parti, l'étranger, la création et le marché de l'art…



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Les artistes contemporains chinois traitent leurs oeuvres avec une part de leur culture et de leur philosophie et une part tirée de leur lieu de vie.


SDC10118                                                                                                                                        Mu Lei

Ainsi dénonciation, compréhension, et traduction sont mis en jeu. Il y a une importance dans la signification et la symboliques des choses qui changent d'une culture à l'autre.



039 LUO-Jie Imprisonment.jpg                                                                                                          Luo Jie

L’art contemporain chinois va porter un tout autre regard notamment par sa diversité culturelle sur le monde. C’est la naissance d’un art hybride, un mélange de cultures développé par l’ouverture de la Chine.


SDC10124                                                                                                                                              Luo Jie


De nouveaux points de vue apparaissent, comportant le mixte de deux cultures.  La Chine reste cependant attachée à une spiritualité et une forte symbiose avec l’environnement naturel qui l’entoure.



SDC10140                                                                                                     Qiu Jun

La culture occidentale et la culture chinoise entretiennent des relations binaires, un des points
principaux des artistes contemporains chinois est d’instaurer un dialogue et une conjoncture à travers des événements importants mondiaux ou des confrontations pures et simples des deux cultures afin de créer un choc


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Les artistes contemporains chinois véhiculent dans leur travail de nombreuses conceptions spirituelles et symboliques rattachées au taoïsme ou au bouddhisme. C’est une part culturelle qui est différente de celle d’occident, les choses n’ont pas la même signification.



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Le côté un peu terre à terre et rationnel des occidentaux peut poser des problèmes à la compréhension que l’on se fait d’une oeuvre d’un artiste chinois. La traduction de l’autre dans ce choc de culture n’a de pertinence que dans un dialogue.


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  Shu Yong   

Les oeuvres présentées ont été choisies pour leur facilité d'accessibilité au public français, peu habitué aux subtilités de l'art de l'Empire du Milieu.


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Cette exposition très riche a été "mise en scène" de façon chronologique pour pouvoir nous imprégner des mutations de l'art chinois dans les années 60, 70 et 80 et mieux les comprendre.


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J'ai procédé de même pour la présentation en image de cette manifestation qui, j'espère, vous aura séduite comme elle a su me séduire.



En 2010, ce sont les artistes français qui seront invités à exposer leurs oeuvres au Musée Sunshine de Pékin


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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 23:30

 

 

 

 

L'un des éléments essentiels du patrimoine tourangeau est la Soie, qui, depuis la création de la première "fabrique" à Tours en 1470 a largement contribué au rayonnement de cette province en France et dans le monde entier.


Histoire de la Soie

 

 

 

La découverte de la soie et du tissage se perd dans la nuit des temps. Les premiers essais de sériciculture et de tissage datent de 1800 avant Jésus Christ en Chine. L'épouse de l'empereur Jaune prend le thé sous un mûrier. Une petite boule blanche tombe dans sa tasse ; l'impératrice en tire un long fil souple et brillant : la Soie.
La soie constitue le premier élément d'échange entre la Chine et ses voisins. Son commerce permet le maintien de la paix et par trocs successifs, la soie devient très recherchée jusqu'au 1er siècle avant Jésus Christ.


au VIème siècle, deux moines rapportent à Byzance des oeufs de Bombyx du mûrier

 

 

au VIIIème siècle les Maures introduisent de riches étoffes en Espagne où s'implantent bientôt d'importantes manufactures comme à Valence, Tolède, Grenade ou Séville

Les Croisades du IXè au XIIè siècle sont le point de départ d'une très importante importation

Du XIIIè au XVè siècle, de grandes villes italiennes comme Venise ou Florence s'érigent
en centres indépendants

Au XVème siècle, Lyon devient un important centre de commerce de soieries italiennes

 

 

 

en 1470, Louis XI qui a fait de la Touraine sa terre d'élection, implante à Tours cette manufacture que Lyon a refusé. Grâce à l'habileté de 16 anciens lyonnais cette nouvelle industrie prospère rapidement.

Croissance et apogée : elle correspond à la première moitié du XVIème siècle. François Ier  fait connaître son apogée à la soierie tourangelle, la Cour a un très grand goût des riches étoffes.

au milieu du XVIème siècle, 400 à 500 ateliers de "soyeux" sont en activité et 40 000 personnes vivent de la soie à T ours.

la fin du règne de François Ier et les guerres de religion vont marquer le début d'un premier déclin de l'industrie tourangelle.

en 1536, François Ier créée la première manufacture de Soie à Lyon. Tours n'a donc plus le monopole de cette industrie et Lyon lui impose rapidement une rude concurrence. La Cour s'éloigne de la Touraine.

puis les guerres de Religion dévastent le pays.

sous Henri IV, en 1589, la soie connaît une nouvelle période faste avec la plantation de nombreux mûriers près de Tours et en particulier place Plumereau en face de l'actuel café le Vieux Mûrier !

avec Louis XIV la Cour étant à Versailles, nouveau déclin pour Tours.

du XVIIIème au XXème siècle, l'industrie de la Soie connaît des périodes successives de prospérité (sous Louis XV, elle devient "manufacture Royale de velours et de Damas  façon Gênes) et de déclin (sous l'empire, Napoléon Ier préfère confier ses commandes à Lyon).

L'utilisation de la mécanique Jacquard va cependant redonner à Tours un certain prestige.

Malgré tout cela Tours finit par céder à Lyon sa place de capitale de la soie.


Actuellement, 2 manufactures de soierie d'ameublement sont encore en activité à Tours, les tissages Jean Roze et la manufacture des Trois-Tours G. Le Manach.

Histoire du ver à Soie

Le Bombyx du mûrier est un papillon blanc nocturne. La femelle après fécondation pond environ 500 oeufs en été qui éclosent au printemps suivant pour devenir larves. De couleur noire, le ver mesure 2mm. Pendant les 4 premières semaines, la larve se nourrit nuit et jour de feuilles fraîches de mûriers ce qui entraîne une croissance prodigieuse : sa longueur est multipliée par 30 et son poids par 10 000.



Au bout d'un mois, après 4 mues, la chenille atteint l'âge adulte.
Lorsque le ver est prêt à donner sa soie, il perd l'appétit et commence la fabrication du cocon qui dure environ 3 jours toujours en tournant sur lui-même, décrivant un parcours en forme de "8". Il bave 800 à 1500 m d'un fil de soie continu ( le seul fourni par la nature) constitué de 2 brins accolés, secrétés par les 2 glandes sericigènes. Ce fil peut supporter un poids de 45 kg.
Le ver à soie subit alors une métamorphose pendant 15 à 20 jours, ils sont alors étouffés à la chaleur ce qui évite la sortie des papillons, ce qui briserait le fil de soie.
L'élévage des des cocons se fait dans les magnaneries, à Rochecorbon, Athée sur Cher ... et ce, jusqu'au XIXème siècle.


Pour dévider les fils de soie, la fileuse remue et agite les cocons dans l'eau bouillante. Les fils sont conduits au dévidoir qu'actionne le tourneur.

Après avoir été nettoyés et séparés avec du savon et de l'eau bouillante, les fils sont teints.





Le transfusage remet en bon ordre les fils emmêlés lors de l'opération de teinture.



Les fils sont enroulés sur des bobines, des tubes ou des cônes. C'est le dévidage. Ces bobines servent à la préparation de la chaîne
.



L'ourdissage consiste à former la chaîne d'un tissu (fils verticaux)en lui donnant sa longueur et sa largeur définitive. Ce travail s'effectue par portée de 80 fils.



Le canetage est la mise en canette qui est placée à l'intérieur des navettes serviront à réaliser la trame (fils horizontaux)


La façon dont s'entrecroisent les fils de chaîne et de trame s'appelle l'armure.

Les métiers à tisser

Le premier métier à tisser, le métier de Plain, permettait la fabrication de tissus unis uniquement.


Puis apparut le métier à la Tire, muni d'un système complexe de cordes, permettant de lever les fils de chaîne pour permettre le passage de la navette.


La mécanique Jacquard
, au XVIIIème siècle, remplace le système dit à la Tire. Il réunit 2 inventions : un système d'aiguilles et de crochets pour lever les fils de chaîne et l'utilisation de cartes perforées pour sélectionner les fils de chaîne à lever.



Le métier Jacquard

Avant de tisser, il faut définir l'armure de fond et concevoir le dessin.
Le dessinateur prépare l'esquisse aux dimensions exactes de celles que doit avoir le motif du tissu. Puis on peint sur un papier quadrillé cette esquisse, chaque rangée verticale représentant un fil de chaîne et chaque rangée horizontale, un fil de trame.
On reporte les couleurs exactes : c'est la mise en carte.

Le lisage consiste à fabriquer les jeux de cartons qui seront mis sur le métier

Le piquage est la fabrication des cartons perforés représentant le dessin, un carton correspond à coup de trame.


Chaque carton étant indépendant, une opération supplémentaire est nécessaire, l'enlaçage. Les cartons sont ainsi placés les uns à la suite des autres dans l'ordre du dessin à réaliser à l'aide de lacettes.



Le métier peut alors fonctionner et faire résonner son cliquetis, en voici un exemple. Cliquez sur le lien suivant, mettez le son, fermez les yeux et imaginez-vous dans un atelier au XVIIIème siècle avec 20 métiers comme celui-ci .....

 

A partir de ces métiers, la maison Le Manach à Tours compte une centaine de références de soiries suivies en stock et celle des imprimés en compte environ deux cents.

On y trouve des Damas, tissus dont le décor présente un aspect mat se détachant sur un fond brillant, des Brocatelles, tissus des tentures murales de la Renaissance,caractérisés par des effets de décor  en satin se détachant sur un fond de sergé.

damas-brocatelle

Mais aussi des Gros de Tours, armures dérivées du taffetas, des Brochés, des Lampas, soieries façonnées fond de satin à grands dessins et des Brocarts, soieries façonnées la plus riche comportant des fils d'or et d'argent.


 

 
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Lieu plein de charme, patrimoine incontournable de l'histoire tourangelle, manifestons notre soutien à Olivier Biosse Duplan, arrière petit fils du fondateur de la manufacture G. Le Manach pour son projet de musée des arts et techniques de la Soie à Tours.


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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 12:03



Pour cette année 2009, Chaumont sur Loire a choisi pour son festival le thème "Jardins de Couleurs".
Qu'elle soit abordée selon des considérations philosophiques, religieuses, symboliques ou scientifiques, éclatante ou subtile, la couleur constistue un élément incontournable de nos jardins et de notre vie.

Je vous propose une visite de ces "Jardins de Couleurs", cette balade n'est pas exhaustive mais se fait au gré des tableaux, des nuances et de la poésie qui m'ont le plus touchée.


Jardin 4: la Couleur des éléments

Promenade extérieure, longeant un jardin très graphique jouant sur l'intensité du rouge des végétaux, contrastant avec leurs contenants blancs et le mouvement de l'eau glissant le long des murets de pierres sèches.




Jardin 8:
Voyelles

Inspiré du célèbre poème d’Arthur Rimbaud « Voyelles », ce  jardin entraîne le visiteur dans une atmosphère onirique où métaphores et réminiscences de vers ponctuent la promenade et ressuscitent les couleurs et les mots qu’elles charrient.
Mots en suspens, significations cachées, couleurs subtiles, floraisons vaporeuses contribuent au charme et au mystère de ce jardin littéraire et intemporel.

[A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu: voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes:...]


[...A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d’ombre;...]


[...E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles; ...]


[...I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes; ...]

Et si le jardin qui m’entoure n’était qu’un prétexte à la lecture poétique ?
Il met en scène des vers, il les transpose en atmosphères, en images, en odeurs.
Tout comme, dans un poème, les mots se font écho, certains termes reviennent, suspendus et flottants, au-dessus de ma tête, réminiscences éloignées des vers précédents.

[...U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux; ...]


Je me penche par curiosité et je découvre, gravé sur un miroir au fond de l’eau :

[...O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges:
- O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux!]

Derrière mon propre visage, le ciel infini se reflète dans l’eau, et la contemplation de cette dernière image s’impose avec force et sérénité.
Je quitte avec regret ce jardin de lecture, évoquant plus qu’il n’illustre, un festival de couleurs et d’impressions physiques, induites par le poème d’Arthur Rimbaud.




Au détour des jardins, des pots, vides de fleurs, abandonnés.... mais si poétiques



Jardin 9: A chacun ses couleurs

des murs, des allées sont intégrés à 4 jardins qui font référence aux conditions climatiques variées.
Le jardin jaune, le jardin pourpre,

le jardin bleu évoque le climat sec
 


le jardin vert met en scène des plantes adaptées à un climat plus humide


Ce jardin exprime la diversité de perception de la couleur par chacun.

Jardin 10: Beauty Garden

clin d'oeil à Delphine Seyrig dans "Peau d'âne" avec ces 3 miroirs environnés de différentes couleurs.



Ce jardin est une invitation à se contempler et à se trouver.

Jardin 11:
Apesanteur et matière


Stephen W. Hawkin définit le trou noir comme « une région de l’espace-temps d’où il n’est pas possible de s’échapper pour atteindre un observateur éloigné. Sa frontière s’appelle l’horizon et coïncide avec la trajectoire des rayons lumineux qui n’ont pu s’échapper ».
Si c’est un paysage en trou noir d’où rien ne pourrait s’échapper, ici, malgré tout, le trou noir éclate en multiples perspectives et fuit. L’espace s’échappe, et renvoie à chaque fois vers soi et au-delà.

    Dans le trou noir, le passage de l’horizon est l’aspiration à la libération de la matière.
    Libération dans la matière.
    Dématérialisation.
    Immatérialité.
    Mais densité maximum.
    Apesanteur/pesanteur.
    Lorsque l’espace fuit, le temps file et l’esprit est libéré.
    Dans le trou noir seul l’esprit s’échappe.


Défi ultime du jardin, puisque qu’aucune plante n’est jamais totalement ni vraiment noire. Et pourtant, le noir peut être lumière, comme le dit Soulages, et Matisse a toujours affirmé que « le noir est une couleur ». 
Ce jardin-installation est un simulateur d’espace qui attire le visiteur dans une virtualité physique, il est simple. Qu’il pleuve, qu’il fasse gris ou beau, la pluie, les nuages comme le soleil, en se mirant dans les glaces et la pièce d’eau, vont renforcer les effets et les rendre dynamiques. Une limite de glaces noires métallisées, sans être tout à fait miroir redessine les limites du jardin en ovale. L’absence d’angles, les glaces non verticales, inclinées de manière non régulières, posées sur chevalet à l’arrière, reflètent et démultiplient, tout en les absorbant dans le noir, les réflexions avec distorsion. Un sol noir, fait de fins copeaux de pneus, absorbant sous les pieds, recouvre la surface doucement travaillée et creusée jusqu’à une partie centrale végétale plantée d’ophiopogons noirs. La limite des glaces fait chicane à l’entrée pour immerger le visiteur dans ce kaléidoscope noir.


Jardin 15: Ocre Loire

Ce jardin a pour point de départ la Loire. C'est un fragment du fleuve, une redécouverte du paysage, de ses matériaux, de ses lumières.



Jardin 17: Lessive en fleurs

une multitude de vêtements colorés se balance au rythme du vent au dessus des plantes colorées


Véritable invitation à la légèreté et au plaisir simple de la contemplation.

Jardin 20: étang donné


Fragilité des plants simples, reflets tendres, ce jardin ressemble à un tableau impressionniste



Jardin 25: Voir rouge

Butte plantée de rouge, galets laqués, monochromie de rouge. Ce jardin interroge, interpelle, inquiète tel un danger, un signal.



Par delà ces jardins élaborés et conçus par l'homme, la nature elle-même a voulu jouer la couleur et la différence, tout simplement


Une exposition de Luzia Simmons complète cette visite. Elle nous propose grâce à une série de scannogramme grand format de tulipes un voyage dans la couleur.


Elle ne scanne pas de reproductions de tulipes mais bel et bien les fleurs elles-mêmes.


Cette image d'une précision macroscopique réfléchit la frontière entre image et réalité à la manière d'un épiderme sensible.


Balade très agréable au milieu de ces jardins où l'esprit aime à vagabonder, à se laisser porter, l'homme s'efforçant de maîtriser la couleur pour faire naître des harmonies, des contrastes ou des équilibres.




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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 12:30





Jusqu'au 23 Juin 2009 a eu lieu au Musée des Beaux Arts de Tours une exposition sur Mantegna. Chef d'oeuvre universellement admiré "la Crucifixion" a rejoint pour 3 mois les autres joyaux du Musée de Tours "la Prière au Jardin des Oliviers" et la "Résurrection", ainsi est reconstituée la Prédelle c'est à dire le bas du Rétable de l'abbaye de San Zeno de Vérone. Tours possède les 2 éléments de cette Prédelle depuis 1806, le troisième élément étant au Louvre. C'est la première fois depuis 1930 que le Louvre accorde le prêt de "la Crucifixion" pour permettre de rassembler la Prédelle dans sa totalité.




Le Triptyque de San Zeno

Il fut commandé en 1456 au jeune Mantegna âgé de 25 ans par l'un des intellectuels les plus remarquables de la Vénétie, l'abbé Gregorio Correr pour le maître-autel de l'abbaye bénédictine de San Zeno à Vérone. Le rétable composé de 6 panneaux (3 pour la partie supérieure et 3 pour la Prédelle) fut démantelée lors de la campagne d'Italie de Bonaparte en Mai 1797, ils furent exposés en 1798 dans le futur musée du Louvre.
En 1803; pour compenser les saisies faites au château de Richelieu, surtout celles des tableaux de Mantegna provenant du Studiolo d'Isabelle d'Este à Mantoue, Vivant Denon accorde au musée de Tours les 2 parties latérales de la Prédelle.


Andrea Mantegna

né en 1431 à Isola di Carturo près de Vicence, il entre en 1441 dans l'atelier de Fransesco Squarcione à Padoue. Il reçoit ses premières commandes après l'avoir quitté en 1447.
De 1448 à 1457 il peint les fresques de la chapelle Ovetari dans l'église des Eremitani de Padoue.
1456 à 1459 il réalise le triptyque de San Zeno
1460, il s'installe à Mantoue pour se mettre au service des Gonzagues, il y exécute la plupart de ses oeuvres comme "lachambre des époux", "le triomphe de César" ou "la Vierge de la Victoire".
1497 - 1502, il peint 2 toiles "le Parnasse" et "la Minerve" pour le Studiolo d'Isabelle d'Este qui rentreront dans la collection du Cardinal de Richelieu en 1632.
1506, Mantegna meurt à Mantoue.




L'exposition, apport scientifique

Les trois tableaux de la Prédelle ont été étudiés, radiograhiés, révélant par exemple le changement de support du "jardin des Oliviers". Toute la première salle de l'exposition a été réservée aux recherches qui ont été menées par le laboratoire du musée du Louvre et plus particulièrement à la réflectographie. Ce sont des images infrarouges qui permettent de révéler le dessin sous-jacent réalisé par Mantegna avant la peinture. On peut remarquer que les dessins initiaux ont été finalement peu retouchés avant la mise en peinture.




 Le détail chez Mantegna

Maîtrise et précision du dessin, bien sûr, mais le plus époustouflant chez Mantegna ce sont les détails de ses oeuvres. On peut par exemple voir précisément les dés des soldats



ou encore la précision de leurs costumes




mais aussi des visages expressifs jusqu'à la caricature






Le motif aussi est très important chez Mantegna, on peut admirer la précision des ruches et des abeilles essaimant, rehaussées d'or...



La nature est essentiellement un décor mais qui participe en tant que tel à l'histoire du tableau, animée jusque dans les moindres infractuosités par les signes du temps et de la vie. Comme les minuscules lapins bondissants




On perçoit le bruissement de l'eau et on ressent la fraîcheur de sa transparence...



Des tableaux dans les tableaux on entend les sons et les silences



Toutes ces scènes micrographiques baignées de lumière rappelle l'exactitude mimétique des peintres flamands.
Le détail ne saute pas aux yeux mais se voit si on le cherche, on doit donc y passer du temps et contempler c'est partager le sensible.

la Prédelle

Chaque tableau est à lui seul un chef d'oeuvre pictural, mais l'intérêt est bien la confrontation des 3 tableaux dans leur ensemble car là aussi Mantegna nous montre tout son génie.



Mantegna dans ses 3 tableaux nous raconte une histoire, celle de Jésus, un peu comme une B.D. Il nous promène dans le temps, les lieux et l'histoire.
En effet ses 3 oeuvres se déroulent à l'aube mais cette aube progresse et s'avance avec l'emploi de plus en plus marqué du lapis lazuli. Le temps défile alors devant nos yeux dans sa progression inéluctable.




De même notre regard se déplace dans le paysage car Jérusalem y est représentée sous différents angles. La géographie des lieux est respectée, la progression et le déplacement sont évidents.




L'histoire, elle même avance car chaque tableau comporte un élément qui annonce la suite : dans "le Jardin des Oliviers" on voit à gauche arriver Judas avec une troupe en arme.



Dans "la Crucifixion" la coix du Christ, pourtant en recul par rapport aux larrons, nous apparaît au premier plan. Le larron de droite, repenti, est en pleine lumière alors que le larron de gauche reste dans le sombre, comme son âme. Marie, éplorée, est soutenue et emmenée, alors que dans le lointain les personnages en arme repartent déjà vers le tombeau.

 

Dans "la Résurrection", alors que les hommes d'arme gardent le tombeau;on devine à droite Marie arrivant à son tour au tombeau.



L'histoire est en marche, tout est mouvement dans ces oeuvres. Toutes les difficultés picturales sont résolues.

Tous les grands ont défilé devant ces oeuvres, ils ont admiré, scruté, imité...Poussin, Cézanne, Ingres, Matisse, tous ont été influencés. Mantegna a inspiré aussi bien lesécrivains et les artistes. Il suffit de penser à Degas qui s'est essayé à la copie de "la Résurrection" et dont le tableau est aussi au Musée des Beaux Arts de Tours, ou bien encore à Marcel Proust qui ne cesse de citer Mantegna dans son livre "à la recherche du temps perdu" et en particulier le rétable de San Zeno.
Quant à Mantegna il reste un magicien depuis plus de 5 siècles.




 

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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 12:26


Fin 2008 a eu lieu une exposition sur le thème de "la Volupté du goût ", très belle exposition qui a su me séduire et m'amener à réfléchir sur l'évolution de la pensée sous l'influence de Madame de Pompadour, en particulier dans le domaine de la peinture.

Le choix des tableaux évoqués est un choix personnel et sont ceux qui m'ont le plus touchée.



Pour saisir l'évolution de pensée faisons un rapide rappel Chronologique:


La peinture au XVIIème siècle était sous l'influence de l'Académie Royale seule habilitée à produire des oeuvres "officielles" et reconnues. Ces oeuvres commandées par le Roi ou les grands du royaume les représentaient en portrait, le plus souvent de grande taille. Le tableau était le reflet de leur position sociale, de leur rang, de
leur statut et donc forcément admiré par la Cour.
Ensuite venait les tableaux à caractère religieux, de grande taille eux aussi car commandés par de riches prélats, puis des portraits de famille, où chacun posait, le format était plus petit car commandés par des nobles moins fortunés et enfin venaient les natures mortes, de petits formats et bien moins onéreuses.
Toutes ces oeuvres étaient soumises à des critères stricts et devaient répondre à des canons classiques : personnage important au centre, de face,..... ne laissant aucune place à l'imagination et ne servant qu'à mettre en valeur la personne ou le sujet représenté.


Madame de Pompadour est née le 29 Décembre 1721 et s'est éteinte le 15 Avril 1764.


A la mort de Louis XIV, l'activité artistique se déplace de Versailles à Paris. Fastes et cérémonies disparaissent progressivement au profit des plaisirs de la vie privée car la riche bourgeoisie parisienne devient la principale source de mécénat pour les artistes.
A l'âge adulte Louis XV se prend au charme du nouveau style de vie, Madame de Pompadour parvient à conserver l'amour du Roi en créant des cadres enchanteurs, dans lesquels il peut se détendre et profiter des moments qu'il passe en son intelligente compagnie. C'est ainsi que naît le "style Pompadour " connu sous le nom de Rococo.


Dans les salons la pensée évolue c'est la naissance de la critique.


Mais comment définit-on le Goût au XVIIIème siècle?

" une facilité acquise par des expériences réitérées à saisir le vrai ou le bon, avec la circonstance qui le rend beau, et d'en être promptement et vive
ment touché."
                                                                                Diderot - Essai sur la peinture - 1765

"examinons donc notre âme, étudions-la dans ses actions et dans ses passions, cherchons-la dans ses plaisirs; c'est là qu'elle se manifeste davantage."
                                                                                Montesquieu

"un tableau exposé est un livre mis au jour d'impression, c'est une pièce représentée sur le théatre. Chacun a le droit d'en porter son jugement."
                                                                                La Font de Saint Yenne - 1747



C'est un moment déterminant, un tournant dans l'histoire de la pensée et de la peinture. Dans le Salon carré du Louvre le public est inv
ité à donner son avis, il peut se faire lui-même une opinion. La notion de temps apparaît, le tableau se regarde, on l'évalue, l'admire ou le critique. Le tableau déclenche des réactions en fonctions de critères strictement personnels.
On passe du temps devant une oeuvre, les constructions en diagonales attirent l'oeil dans les coins du tableau où l'on découvre de petites scènes qui sont des tableaux à elles seules.
L'oeil se promène, y prend goût..... volupté .




Le portrait ne représente plus le personnage mais la personne comme dans ce portrait de Madame de Pompadour par François Boucher. On ressent sa personnalité, elle est dans son intimité, ne prend pas la pose mais semble surprise dans une séance de travail. On l'imagine se donnant la note de la main gauche pour reprendre le chant qu'elle travaille. Elle nous dévoile aussi ses centres d'intérêt : la musique mais
aussi la lecture, la connaissance du monde, sa passion pour les roses.... on ne voit pas Madame de Pompadour, on la découvre, on la connaît.

Parmi les artistes illustrant ce courant nouveau de la peinture française, on trouve bien sûr Chardin, Coypel, Fragonard, Vanloo, mais aussi Bouchet, Greuze et Vernet.


François Bouchet ( 1703-1770 )

Prix de Rome en 1724, il obtient une première commande pour Versailles en 1735 et participe ensuite aux nombreux décors des maisons royales. Parallèlement à ces commandes, il travaille abondamment pour une clientèle privée. Il aborde tous les genres avec succès et son sens aigu de l'ornementation et du détail contribueront à définir le style "Rocaille "






"la Lumière du Monde " 1750 - Ce tableau est une commande de Madame de Pompadour pour sa chapelle privée du château de Bellevue. Si cette nativité  montre tout ce qu'on a l'habitude d'employer ordinairement pour ce sujet, il ne s'en dégage pas moins une grande sensibilité.
La construction en diagonale nous pousse à rechercher ce qui se cache dans la Gloire vague et légère du fond. On y découvre l'élégante naïveté de l'attitude des chérubins et la singulière variété de leurs caractères. Au pied de Marie, une scène bucolique avec poules et oeufs qui pourraient être une oeuvre picturale à elle-seule.
La luminosité du fond évoque une aurore qui doit annoncer le Sauveur du Monde. Cependant cette scène est très émouvante car elle nous semble familière en effet si les personnages sont recueillis et en admiration devant l'Enfant, l'artiste nous montre ..... un bébé qui dort....
Ce thème de la nativité évoque celui de la maternité et de l'enfant cher à Madame de Pompadour.


Jean Baptiste Greuze ( 1725-1805 )
Il a été tour à tour porté aux nues et vilipendé, et ce, de son vivant jusqu'à sa récente réhabilitation grâce aux travaux d'Edgar Munhall. Greuze est l'artiste du XVIIIème siècle le plus controversé.




" la Paresseuse Italienne" 1757 - Cette composition fut conçue lors d'un voyage à Rome pour faire pendant à une autre oeuvre " l'oiseleur ". C'est une peinture de genre hollandaise très en vogue en France et qui permet le mieux d'expliquer la curieuse association de ces 2 toiles.
Les messages codés étaient fréquents dans la peinture de genre hollandaise. "Oiseler" avait un double sens : il désignait aussi l'acte sexuel. Aussi présenter les 2 toiles l'une à côté de l'autre laissait planer un doute sur cette paresseuse. Est-elle une femme avachie dans une cuisine en désordre ou bien une femme qui s'est offerte comme le laisserait supposer son pied déchaussé qui signifiait que la femme n'était pas opposée à l'acte sexuel.
Greuze a accordé une importance aux chaussures de la paresseuse : leur rouge vif contraste fortement avec les bruns et gris sourds du reste du tableau.
Décoiffée, cette jeune femme s'expose à la désapprobation du spectateur qui ne peut cependant être insensible à la volupté de sa chair . Toujours moraliste Greuze met en évidence la vertu de son modèle en mettant en lumière l'alliance passée à son doigt charnu.
Ce tableau succite chez le spectateur tout un éventail de réactions : attirance sexuelle, dégoût, amusement entendu et enfin compassion pour cette femme. En procédant ainsi, il crée un modèle de "sensibilité", et donne naissance à un mouvement intellectuel affirmant que la voie menant à une vérité supérieure passe par la réaction émotionnelle de l'individu aux informations enregistrées par ses sens.


Claude Joseph Vernet ( 1714 - 1789 )
Après un apprentissage à Avignon, Vernet part à Rome en 1734. Ce voyage qui aurait dû être un voyage traditionnel de quelques années durera en fait 20 ans et lui permettra de faire une rencontre capitale pour son oeuvre : la Mer.




" la Nuit " 1760 - Cette toile fait partie d'une série de marines consacrée aux différents moments de la journée. Vernet voulait montrer le coté changeant et éphémère de la nature dans le temps.
Ici ce qui est important c'est le temps passé devant la toile. Si, comme moi, vous avez la chance de voir cette oeuvre, dés le premier regard vous ne verrez rien ..... que la nuit . Mais si vous prenez le temps après quelques minutes sans être distraite du tableau, votre regard s'habituera à cette nuit et vous découvrirez tout ce qui ce cache dans ce tableau qui deviendra alors, l'oeil s'accoutumant , clair comme en plein jour. On y découvre des naufragés, des barques, on devine même la couleur des chemises des personnages.
C'est découvrir l'oeuvre au vrai sens du terme, prendre son temps, laisser l'oeil se promener.... Volupté.


Voici résumés mes réflexions et les sentiments qu'ont fait émerger en moi ces oeuvres d'art. Pour conclure je vous propose une citation :

" La malheureuse Pompadour, qui fut haïe de son vivant, est aujourd'hui regrettée et pleurée. Je ne pense pas qu'il eut jamais aucune autre dame en France capable de remplir avec autant de dignité le rôle éminent qui fut le sien. Alors qu'aucune autre ne posséda jamais autant qu'elle les plus rares beautés du corps et de l'esprit, je suis stupéfait de constater qu'elle fut persécutée, détestée, calomniée par sa propre nation, par la nation considérée comme la plus galante du monde et la plus respectueuse du beau sexe."
                                                                        Giacomo Casanova - 1769







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Published by fred37 - dans Art
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  • Très curieuse des gens,leur histoire et leur culture,j'apprécie l'art mais aussi tous ces petits moments de bonheur qui font que la vie vaut d'être vécue. Entre dynamisme et hyper sensibilité, je profite de tout et vogue à travers le temps...
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