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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 21:01

 


entrée de l'exposition

 

Les expositions temporaires au musée Jacquemart-André nous ont présenté, cet hiver, les oeuvres du collectionneur Samuel von Brukenthal.


le baron Samuel von Brukenthal (1721-1803)

 

 

Proche conseiller de l’Impératrice d’Autriche Marie-Thérèse (1717-1780),  il a mené une longue carrière politique à la cour avant d’être nommé gouverneur de sa terre natale, la Transylvannie.

 

 

 

Avide collectionneur, il rassemble près de 16.000 livres précieux, 800 gravures, 1200 tableaux et un grand nombre d’objet d’art. L’Impératrice elle-même contribue à enrichir ce qui est considéré comme “l’une des plus belles et riches collections de Vienne”. Hébergée dans l’ancienne résidence du baron, devenue le Muzeul National Brukenthal, à Sibiu, en Roumanie, elle prête aujourd’hui, pour la première fois au musée Jacquemart- André une cinquantaine de ses chefs-d’oeuvre.

 

 

L’exposition rassemble une quarantaine de tableaux de l’école flamande, une poignée d’oeuvres de l’école italienne mais aucune de l’école française (peu nombreuse dans la collection Brukenthal et de qualité moindre).

 

 

Je vous emmène parcourir cette exposition, m'arrêtant devant les oeuvres qui m'ont le plus touchée.

l'exposition


entrée de l'exposition 2


Pénétrons grâce au lien suivant dans les salons où se déroule la présentation de ces chefs d'oeuvre, pénombre de rigueur, oeuvres présentées sobrement, éclairage les mettant superbement en valeur et laissons nous porter par la musique ...
   
Les oeuvres présentées chronologiquement du XVème au XVIIème siècle sont réparties en cabinets constitués de genre de peinture : paysages, très important dans la peinture flamande, portraits, mythologie, scènes de religion, de genre et nature morte.
 
Cette logique sera mon fil conducteur.



L'art du Paysage

L’art du paysage se développe lentement à la fin du Moyen-Age. Il sert d’abord de simple fond à un portrait, avant de devenir un genre à part entière à la Renaissance. L’école flamande excelle en la matière grâce à son sens du détail et son goût pour le réalisme.
On peut citer l’influence de Pieter Bruegel l’Ancien (1525-1569), représenté dans la collection, par Le Massacre des Innocents à Bethléem (vers 1586/1590).


le Massacre des Innocents-Bruegel

Cette scène biblique insérée dans un paysage enneigé évoque la répression d’Hérode, qui ordonne la mise à mort de tous les garçons, lorsqu’il apprend des Rois Mages, la naissance du futur roi d’Israël. Mise en parallèle avec le pillage des troupes espagnoles en Flandre, la scène offre une critique déguisée du peintre contre la politique de Philippe II, roi d'Espagne. Plusieurs versions de cette oeuvre de Bruegel existent. La couronne britannique détient la plus célèbre d’entre-elles mais celle de Brukenthal est considérée comme l’une des meilleures.

La composition offre une multiplicité de petites scènettes d'une grande cruauté.


détail massacre des innocents
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Le tableau suivant intitulé Paysage à la trappe aux Oiseaux (1631) est un remarquable exemple de l'art du paysage chez Bruegel. Il a été réalisé par Pieter Bruegel le Jeune qui peint un paysage dans la lignée de ceux de son père, il utilise des couleurs pastel créant une perspective atmosphérique délicate. Les personnages jouent sur une rivière gelée et rapetissent à mesure qu'ils s'éloignent. Bruegel donne l'impression d'avoir capté une scène sur le vif, accentuée par la véracité des mouvements de chaque personnage.


paysage à la trappe aux oiseaux


Le premier plan est marqué par les arbres foncés caractéristiques des paysages flamands tandis qu'une vue de la ville d'Anvers à l'horizon permet d'enchaîner subtilement les bleus, gris et verts unifiant le paysage. La ligne pure des arbres et le raffinement de la courbe souple des branches se détachent au premier plan sur la neige. Il semble que la fine couche neigeuse reposant sur les branches ait été peinte avec un cheveu ou une soie tellement le trait est délicat.


 
paysage à la trappe aux oiseaux-détail
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 Paysage montagneux avec un moulin. 1625/1630. Huile sur bois. Autre oeuvre clé, celle de Jodocus de Momper (1564-1635) et Jan II Brueghel (1601-1678), Paysage montagneux avec un moulin. Elève de Pieter Bruegel, Momper exprime l’héritage esthétique de son maître à travers l’harmonie des couleurs (sombres au premier plan, puis nuances de vert, et enfin de bleu clair) qui contribue à l’effet de perspective

 

 

momper

 

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L'art du Portrait

 

L’art du portrait est illustré par Hans Memling (1435-1494). Il est le premier à introduire dans un portrait un paysage en arrière-plan, traité avec autant de minutie que la carnation des visages, doux et nobles, et des costumes.

 

Ces deux tableaux faisaient initialement partie d'un tryptique, le panneau central représentant une Vierge à l'Enfant étant dans une collection privée américaine. Les deux donateurs sont représentés dans une attitude pieuse, tournés vers la Vierge, l'homme lit les Saintes écritures et son épouse prie. Le portrait du fils au second plan a été ajouté par Memling un peu plus tard. Dans un souci de réalisme Hans Memling travaille la transparence des voiles et le rendu des matières. L'utilisation de la peinture à l'huile mélangée à un glacis permet d'obtenir cette pureté et cette transparence.

 

 

hans Memling

 

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Le portrait de Wilhelm IV, duc de Bavière et de Jacoba, son épouse, duchesse de Baden (1526) fut commandé par le duc à Hans Schwab von Wertingen, artiste allemand également renommé comme peintre de vitraux et dessinateur. Quand il peint ces deux portraits l'art en Bavière synthétise en les actualisant l'art flamand et allemand avec la découverte de la Renaissance italienne. L'artiste met l'accent sur l'unité du couple et l'affection des époux, l'initale du duc ornant le collier de son épouse et inversement.

 

 

 

Wilhelm IV et Jacoba

 

 

 

La richesse exceptionnelle des bijoux et des costumes est accentuée par les guirlandes dorées suspendues et par le superbe tapis qui couvre la table sur laquelle la duchesse pose son bras gauche. Le paysage et les montagnes sont continus d'un tableau à l'autre et traduisent ainsi la proximité des deux personnages.

 

 

jacoba détail

 

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Citons également Marinus van Reymerswaele (1490-1546) et son Saint-Jérôme dans son studiolo  (vers 1545)


Saint Jérome

 
ou encore Adriaen Thomas Key (1540/45-1589) et son Buste d’un jeune homme blond à la collerette (vers 1569) qui m'a particulièrement  touché, en effet on peut compter ses cheveux et le nombre de ses poils de barbe tant la technique est précise et délicate. J'ai passé un long moment à l'admirer et j'avais presque l'impression de deviner à travers ce portrait sa personnalité.
 

 

adrian thomas Key

 

 

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Mais l’art du portrait dans la tradition flamande s’incarne surtout dans L’Homme au chaperon bleu (vers 1430), première oeuvre connue de Van Eyck (1390-1441). L’originalité du portrait tient dans la pose du sujet, Jean IV de Brabant, représenté de trois-quart. Il tient dans sa main droite la bague qu’il va offrir à sa fiancée - une manière éloignée de faire sa cour, comme le veut l’époque.

 

 

homme au chaperon bleu

 

 

Il se dégage de cette oeuvre une douce mélancolie. Le traitement de la coiffe de l’homme reflète la virtuosité de l’artiste dans son traitement des matières de même que la représentation de la fourrure, la précision des traits du visage ou de la barbe. Il est l’un des premiers à accorder de l’importance aux ombres, qui permettent de rendre compte des volumes. Lorsque S. von Brukenthal acquiert cette oeuvre, elle est encore attribuée à Albrecht Dürer.

 

 

homme au chaperon bleu- détail

 

 

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La peinture mythologique

 

Avant la Renaissance, le prestige d’une oeuvre tient à sa valeur historique ou morale. La peinture mythologique relève dès lors du “grand genre”. Elle permet d’afficher l’érudition de l’artiste par les nombreux symboles et allégories qu’il incorpore. Parmi les oeuvres de la collection Brukenthal figure une esquisse réalisée par Jacob Jordaens représentant trois femmes et un enfant qui forment une allégorie de l'été. L'air inquiet, elles regardent dans des directions différentes, accentuant l'impression de mouvement. Cette esquisse peinte constitue en réalité une ébauche pour deux tableaux différents. Les touches de pinceau sont larges avec des accents de couleur forts et vigoureux. La spontanéité de la touche est saisissante. La palette utilisée par l'artiste est fortement influencée par les coloris vénitiens et par l'oeuvre du Titien, allant du blanc aux ocres en passant par les rouges et les roses. Elle traduit l'expressivité des personnages et l'atmosphère estivale.

 

 

  trois femmes- jordaens

 

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On peut aussi admirer Diane et Callisto (vers 1606) de Hans Rottenhammer (1564-1625). Dans cette peinture Diane découvre que sa servante Callisto attend un enfant de Zeus. Junon, la femme de ce dernier, la transforme en ours. Zeus lui rend hommage en l’incarnant en constellation: la grande ourse. L’oeuvre fait preuve d’un esthétisme flamand - naturalisme de la végétation - et italien (composition architecturale, figures féminines sensuelles) qui rend compte des échanges culturels de l’époque entre le Nord et le Sud.

 

  Diana und Callisto

 

 

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Le Cabinet de Curiosités

 

Le tableau de Johann Georg Hinz (1666) nous donne un magnifique exemple de ce qu'était un cabinet d'amateur au XVIIème siècle. Les étagères peintes en trompe l'oeil sont richement ornées de bijoux, horloges, armes ou encore coquillages. Depuis le XVIème siècle, avec le développement des encyclopédies scientifiques, savants et amateurs prenaient plaisir à rassembler chez eux des objets d'art surprenants ainsi que des naturalia, c'est à dire  des éléments minéraux, animaux ou végétaux  présentant un caractère rare ou bizarre.

 

 

cabinet curiosités

 

Dans ce tableau Hinz s'éloigne des considérations scientifiques et s'attache à rendre l'aspect nacré, précieux ou brut des matières jouant sur un contraste entre les bizarreries de la nature et les objets d'art. La présence de coquillages souligne la richesse de la collection présentée puisque certains d'entre eux, ramenés par les navigateurs, valaient plus que leur poids d'or.

 

 

curiosités- détail

 

 

 

  Les scènes religieuses

 

L’école italienne est représentée par une toile majeure du Titien (1485-1576), Ecce Homo (vers 1560). “Cette oeuvre marque un tournant dans l’évolution du style du Titien”, explique Nicolas Sainte Fare Garnot, co-commissaire de l’exposition. De la juxtaposition des tons, il passe aux contrastes lumineux. Réputé pour ses coloris ocres et rouges, Tiziano Vecellio de son vrai nom, illustre ici un Christ, offert à la foule par Ponce Pilate, non pas humilié mais fier. Si son regard est baissé, sa tête est relevée. La force dramatique de l’oeuvre est accentuée par les couleurs chaudes, l’opposition entre la draperie rouge qui recouvre le Christ, la chair de son corps et la noirceur des épines de sa couronne dont coule un sang vermeil. Le bras du Christ en avant attire l'oeil du spectateur dans l’oeuvre.

 

  titien

 

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Tout aussi surprenante est La sainte Famille (vers 1625/1630) de Jacob Jordaens (1593-1678). La tension de la scène découle d’un clair-obscur caravagesque, accentué par le contraste des touches de rouge, blanc, bleu, et orange. La famille réunit autour d’un simple cierge, incarne la Vierge, l’enfant Jésus et saint Jean-Baptiste tenant une croix - seul élément religieux de la composition. L’artiste ne souhaitait pas idéaliser la scène pour permettre aux plus humbles de s’identifier aux personnages. Jordaens prenait souvent ses proches comme modèles pour ses tableaux.

 

 

 

  sainte famille

 

 

 

 

Les scènes de Genre

 

 

La description de la vie quotidienne dans les scènes de genre devient la spécialité des artistes hollandais et flamands. Les élites se détachent des sujets religieux et historiques pour s’intéresser aux moeurs des anonymes

 

Frans van Mieris nous présente un soldat à sa fenêtre (1658), c'est un tableau de petit format, dans un style très minutieux avec son encadrement en forme d'arc en trompe l'oeil. Le cadre sert de fenêtre au personnage et rentre dans le décor et la perspective avec l'ajout de végétation comme ornement. La scène est prise sur le vif, le soldat semble se préparer à fumer sa pipe mettant son doigt dans le fourreau, un geste dont on ne peut ignorer l'obscénité.

 

 

  mieris

 

 

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  Les deux tableaux de David II Teniers (1610-1690), l'auberge Flamande et La Visite chez le médecin du village (vers 1660) dépeignent avec humour et tendresse les travers du quotidien (ici, le médecin analysant les urines de sa patiente). Le médecin évalue la clarté et la couleur de l'urine en présentant la fiole au jour, il s'agissait à l'époque de la seule manière de diagnostiquer un malade. La femme semble inquiète, la présence de livres témoigne de l'érudition du médecin.

 

 

cabinet du médecin

 

 

 

Egalement apothicaire, il produit et vend ses préparations que l'on voit dans les bocaux. Teniers nous donne ici une image très précise d'un cabinet de médecin au XVIIème siècle.

 

cabinet médecin - détail

 

  Les natures mortes

 

 

L’exposition se clôt sur l’art de la nature morte. Les jeux de transparence, de lumière qui découpe les volumes, le réalisme des fruits, fleurs et coquillages apportent leurs lettres de noblesse à un art profane, jugé mineur, jusqu’à la Renaissance.

 

 

La guirlande de fruits (1660) est une grande composition de deux artistes, Jan Davidsz de Heem qui réalisa la guirlande et le décor de fruits et Erasme Quellin qui réalisa les éléments architecturaux et le médaillon central. Cette nature morte est d'une grande élégance, chaque grain de raisin est exposé à une lumière spécifique et chaque grappe offre au regard une transparence prodigieuse. Cette oeuvre offre au spectateur une réflexion sur la vanité du monde, la beauté exceptionnelle de ces fruits n'est qu'éphémère et souligne la fragilité de la vie devant le temps qui passe. Le bas-relief central présente le modèle à imiter, la Sainte Famille dont l'image reste gravée dans la pierre. Au sein du message général, chaque fruit renvoie dès lors à un symbole précis : le raisin évoque l'Eucharistie, la chataigne la souffrance du Christ pendant la Passion et la noix la mort du Christ.

 

 

 

guirlande de fruits

 

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La cuisinière flamande (vers 1610/1620) de Jeremias van Winghe (1578-1645) et Georg Flegel (1566-1638). Au premier plan, une jeune femme, tournée vers le spectateur, présente une grappe de raisin - symbole de l’Eucharistie - tandis qu’un chat, rattaché à l’univers de la sorcellerie et du mal (il convoite la perdrix posée sur la table), est acculé dans l’angle droit du tableau.

 

 

cuisinière flamande

 

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La collection Brukenthal possède peu de grands portraits (contrairement aux collections royales) du fait de l’origine modeste du baron (fils d’un fonctionnaire). Sa nature économe, liée à sa pratique protestante, est compensée par l’expertise de deux conservateurs dont il a su s’entourer.

 

Le résultat est une collection pointue qui révèle le meilleur des écoles flamandes et quelques perles italiennes. Une exposition qui m'a comblée et que j'ai plaisir à partager avec vous.

 

 

 

cuisinière- détail

 

 

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Published by fred37 - dans Art exposition
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commentaires

nilcyti 13/02/2010 22:32


toujours aussi bien documenté! je n'ai pas eu l'occasion de voir l'expo mais je m'y suis promené grâce à vous. merci de nous faire partager vos impressions ...


fred37 14/02/2010 22:36


merci de votre fidélité et de vos commentaires


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